Jacques Marcon : « On n'aura bientôt plus d'aliments de bonne qualité »

Par Mathias CUBIZOLLES , Mise à jour le 28/07/2026 à 06:00

Temps de lecture : 3 minutes

Le chef cuisinier altiligérien Jacques Marcon a réaffirmé son opposition à la loi d'urgence agricole, qui prévoit notamment la réintroduction de l'acétamipride, à travers une lettre adressée à la ministre de l'Agriculture. 

L'adoption de la loi d'urgence agricole par l'Assemblée nationale et le Sénat les 20 et 21 juillet 2026 n'a pas du tout plu à Jacques Marcon. Le 23 juillet, le chef de Saint-Bonnet-le-Froid, triplement étoilé Michelin, a publié sur ses réseaux sociaux une lettre à l'attention d'Annie Genevard, la ministre de l'Agriculture.

Dans ce texte, accompagné d'un poème intitulé « Souveraineté », il regrette la logique « productiviste » de cette loi, et défend une nouvelle manière d'aborder la « souveraineté alimentaire » française.

Marcon et Duplomb, deux idées différentes de l'agriculture

La loi d'urgence agricole vise à répondre à plusieurs revendications des agriculteurs et reprend certains éléments de la très décriée loi Duplomb : simplification de projets de développement foncier ou de construction de retenues d'eau, stratégie agricole en période de sécheresse, ou encore assouplissement de règlementations écologiques. 

Laurent Duplomb, sénateur de la Haute-Loire, soutient la loi d'urgence. Photo par Archives Zoomdici

Lors des examens du projet de loi du sénateur altiligérien en juillet 2025, Jacques Marcon avait affirmé son profond désaccord avec l'ancien maire de Saint-Paulien, déclarant même avoir « honte de vivre en Haute-Loire ».

Il y a quelques semaines, le chef cuisinier a revu Laurent Duplomb. « L'échange a été cordial. Laurent Duplomb dit que cette loi d'urgence est un choix productiviste essentiel... Je lui ai remonté des témoignages d'agriculteurs biologiques. Ces producteurs-là ne se sentent pas entendus, il ne faut pas les oublier. » explique-t-il. 

Au coeur de l'opposition entre Jacques Marcon et les défenseurs de la loi d'urgence agricole, se trouvent deux visions distinctes de la « souveraineté alimentaire » de la France. « Pour Annie Genevard, être souverain, c'est pouvoir exporter. Moi, je dis que c'est laisser les agriculteurs choisir comment ils veulent produire », résume le chef à Saint-Bonnet-le-Froid. 

« Un repas à la cantine, ce n'est pas 3,50 € »

Pour répondre aux difficultés des agriculteurs, Jacques Marcon prône une politique du revenu. « Si l'on veut encourager le métier, il faut arrêter de leur acheter leurs produits en dessous du prix de revient. Depuis vingt ans, on a toujours préféré le pouvoir d'achat des consommateurs aux recettes des petits producteurs ». Pour cela, le Saint-Bonnet avance un changement des mentalités. « Un repas à la cantine, ce n'est pas 3,50 €. Il faut arrêter de dire cela aux Français, les aliments de qualité proposés coûtent plus cher ». 

Plusieurs cantines en Haute-Loire sont déjà labellisées "Manger bio et local" Photo par Archives Zoomdici

Jacques Marcon soutient néanmoins l'approvisionnement en produits locaux et sains des établissements scolaires. Il cible parallèlement le possible impact de la loi d'urgence sur la santé des consommateurs, et souhaite un meilleur développement du circuit court.

Le Saint-Bonnet reprend à ce propos certaines critiques à son égard, liées à son appartenance à la cuisine haut de gamme. « On me dit que je suis "sur mon nuage", mais ce que je dis, ça vise la cuisine dans sa globalité, pas seulement les grands restaurants. Si on continue comme cela, on n'aura bientôt plus d'aliments de bonne qualité. On peut manger mieux et plus local ».

La loi d'urgence agricole a suscité des divergences au sein même des syndicats agricoles. La FNSEA et la Coordination Rurale ont salué le choix favorable des parlementaires, tandis que la Confédération Paysanne l'a fustigée.

 

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Vos commentaires

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6 commentaires

mer 29/07/2026 - 17:03

Et oui le pouvoir d'achat s'invite forcément ans le débat. L'agriculture est subventionnée par nos impôts, d'ailleurs je suis très content de  payer pour les primes d'un pov'paysan sénateur lobbyiste qui pourra peut-être changer de tracteur si l'année a été bonne !

mar 28/07/2026 - 16:57

il faudrait privilegier le producteur clame de défenseur du bien manger et pas seulement le consommateur ok mais quand le consommateur ne pourra plus acheter (c est le cas pour les fruits et legumes la viande) que deviendra le producteur. Quest ce qui empêche de produire bion (soit disant) et de vendre au plus proche  ? le prix sera le problème quand les revenus sont faibles il n'y a pas que les agriculteurs qui peinent et çà Mr MARCON ne s 'en soucie pas

mar 28/07/2026 - 16:09

A force de parler de qualité, Jacques Marcon finit par donner l'impression que le vrai luxe est de pouvoir ignorer le prix. Une posture confortable pour un chef étoilé, beaucoup moins pour les familles qui arbitrent chaque dépense.

mar 28/07/2026 - 12:43

Dans le prix d'un aliment il y a celui de la production et celui de la distribution. 
Chacun sait dans quelles proportions. Ceci est une première piste. Ensuite le consommateur doit faire des choix : des belles et grosses voitures permettant de se plaindre du prix des carburants ; belle piscine ; etc. Ou manger correctement ce qui n'empêche pas de se déplacer en voiture modeste, vélo etc. et bien vivre. Réécoutez "Foule sentimentale".

mar 28/07/2026 - 08:57

Mais à qui profite donc cette fichue  loi d'urgence agricole !  Je ne me pose plus la question car la réponse me semble évidente . Ils ont bien l'intention de continuer à nous abreuver de pesticides et autres produits refusés  chez nous, mais qu'ils n'oublient  pas qu'ils en profiteront  également ; à moins qu'ils n'espèrent  bénéficier d'une alimentation particulière !

 

mar 28/07/2026 - 08:50

Je partage les dires de Mr Marcon, mais pour payer un prix rémunérateur aux producteurs, il faut augmenter le pouvoir d'achat des consommateurs. Que propose en ce sens Mr Marcon?

 

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