L'adoption de la loi d'urgence agricole par l'Assemblée nationale et le Sénat les 20 et 21 juillet 2026 n'a pas du tout plu à Jacques Marcon. Le 23 juillet, le chef de Saint-Bonnet-le-Froid, triplement étoilé Michelin, a publié sur ses réseaux sociaux une lettre à l'attention d'Annie Genevard, la ministre de l'Agriculture.
Dans ce texte, accompagné d'un poème intitulé « Souveraineté », il regrette la logique « productiviste » de cette loi, et défend une nouvelle manière d'aborder la « souveraineté alimentaire » française.
Marcon et Duplomb, deux idées différentes de l'agriculture
La loi d'urgence agricole vise à répondre à plusieurs revendications des agriculteurs et reprend certains éléments de la très décriée loi Duplomb : simplification de projets de développement foncier ou de construction de retenues d'eau, stratégie agricole en période de sécheresse, ou encore assouplissement de règlementations écologiques.
Laurent Duplomb, sénateur de la Haute-Loire, soutient la loi d'urgence.
Photo par Archives Zoomdici
Lors des examens du projet de loi du sénateur altiligérien en juillet 2025, Jacques Marcon avait affirmé son profond désaccord avec l'ancien maire de Saint-Paulien, déclarant même avoir « honte de vivre en Haute-Loire ».
Il y a quelques semaines, le chef cuisinier a revu Laurent Duplomb. « L'échange a été cordial. Laurent Duplomb dit que cette loi d'urgence est un choix productiviste essentiel... Je lui ai remonté des témoignages d'agriculteurs biologiques. Ces producteurs-là ne se sentent pas entendus, il ne faut pas les oublier. » explique-t-il.
Au coeur de l'opposition entre Jacques Marcon et les défenseurs de la loi d'urgence agricole, se trouvent deux visions distinctes de la « souveraineté alimentaire » de la France. « Pour Annie Genevard, être souverain, c'est pouvoir exporter. Moi, je dis que c'est laisser les agriculteurs choisir comment ils veulent produire », résume le chef à Saint-Bonnet-le-Froid.
« Un repas à la cantine, ce n'est pas 3,50 € »
Pour répondre aux difficultés des agriculteurs, Jacques Marcon prône une politique du revenu. « Si l'on veut encourager le métier, il faut arrêter de leur acheter leurs produits en dessous du prix de revient. Depuis vingt ans, on a toujours préféré le pouvoir d'achat des consommateurs aux recettes des petits producteurs ». Pour cela, le Saint-Bonnet avance un changement des mentalités. « Un repas à la cantine, ce n'est pas 3,50 €. Il faut arrêter de dire cela aux Français, les aliments de qualité proposés coûtent plus cher ».
Plusieurs cantines en Haute-Loire sont déjà labellisées "Manger bio et local"
Photo par Archives Zoomdici
Jacques Marcon soutient néanmoins l'approvisionnement en produits locaux et sains des établissements scolaires. Il cible parallèlement le possible impact de la loi d'urgence sur la santé des consommateurs, et souhaite un meilleur développement du circuit court.
Le Saint-Bonnet reprend à ce propos certaines critiques à son égard, liées à son appartenance à la cuisine haut de gamme. « On me dit que je suis "sur mon nuage", mais ce que je dis, ça vise la cuisine dans sa globalité, pas seulement les grands restaurants. Si on continue comme cela, on n'aura bientôt plus d'aliments de bonne qualité. On peut manger mieux et plus local ».
La loi d'urgence agricole a suscité des divergences au sein même des syndicats agricoles. La FNSEA et la Coordination Rurale ont salué le choix favorable des parlementaires, tandis que la Confédération Paysanne l'a fustigée.