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Une étude citoyenne organisée par les collectifs Les Naturalistes des Terres et la Lutte des Sucs, a permis d'identifier plusieurs lacunes dans l’étude d’impact environnemental du chantier de la RN88 entre Saint-Hostien et Le Pertuis. Appuyée par France Nature Environnement Haute-Loire, cette contre-expertise demande à la Région de revoir certaines mesures environnementales. Une mise en demeure a été transmise au préfet.
Le chantier de la déviation de la RN88 entre Saint-Hostien et Le Pertuis reste l’un des projets de grande infrastructure les plus débattus de Haute-Loire.
Le comité de suivi environnemental (COSEN) concernant le chantier de la RN88 s’est réuni ce jeudi matin à la préfecture du Puy-en-Velay, à l’initiative du préfet Yvan Cordier. Cette instance est chargée de faire le point sur les travaux en cours et sur les mesures mises en place pour limiter les impacts environnementaux du projet.
À cette occasion, l'association France Nature Environnement Haute-Loire (FNE43), représentée par Renaud Daumas et Jean-Jacques Orfeuvre, a été invitée par la Région à y participer. Ils ont présenté les résultats du travail d’inventaire de cette étude citoyenne, réalisé en juillet 2025. Selon eux, ces observations soulèvent de nouvelles questions sur la prise en compte de la biodiversité autour du chantier.
Les représentants de FNE 43 ont noté la présence d’élus départementaux et de maires, mais aucun élu de la Région, pourtant maître d’ouvrage, seulement représentée par des techniciens. « Ils laissent le préfet et les techniciens se débrouiller », commentent-ils, puis d'ajouter : « le premier comité de suivi aurait dû avoir lieu dès 2021 et s’est finalement tenu en 2024 ».
Des espèces recensées sur des zones non étudiées
« On a identifié 75 espèces sur des zones qui n’avaient jamais été étudiées auparavant ».
Ces observations ont été réalisées pendant trois jours, par environ 140 naturalistes venus de toute la France qui ont mené des relevés sur le terrain.
Selon FNE 43, ces inventaires concernent notamment des zones destinées à accueillir des déblais issus du chantier, appelées zones de matériaux excédentaires, lesquelles n’ont pas été étudiées par le maître d’ouvrage. Sur l’ensemble des données collectées, l’association et les collectifs affirment avoir également identifié 18 espèces supplémentaires sur le tracé du projet, dont sept bénéficiant d’un statut de protection, recensées en seulement trois jours d’inventaires.
Des données transmises à l’État et à la Région
« Le préfet a dit qu’il allait saisir la Région et la Région a répondu qu’elle allait instruire le dossier. »
À la suite de ces découvertes, l’association a adressé une mise en demeure à la Région via la préfecture et donc l’État. Elle demande que ces nouvelles données soient analysées et prises en compte dans les mesures environnementales prévues pour le projet. FNE 43 indique avoir demandé un délai de deux mois pour obtenir une réponse.
Dénonçant « le caractère incomplet » tant au niveau quantitatif que qualitatif des relevés faits lors de l’étude d’impacts environnementaux, l’association demande que dans le cadre de l’ERC (Éviter-Réduire-Compenser), la Région procède à de nouvelles demandes de dérogations pour « destruction d’espèces protégées » et une augmentation en conséquence des surfaces de mesures compensatoires pour la découverte et la sous-estimation des espèces menacées par le chantier.
En attendant, les travaux se poursuivent. L’association estime toutefois que certaines zones ne devraient pas être mises en péril par les travaux si des espèces protégées y sont présentes, sans dérogation spécifique.
« S’ils détruisent l’habitat de ces espèces sans dérogation, là on est dans le pénal. »
Les représentants de l’association soulignent toutefois avoir déjà alerté à plusieurs reprises les autorités depuis le début du projet.
On se renvoie la balle
« On nous parle de transparence, mais on n’a toujours pas les documents qui montrent ce qui a réellement été compensé, à partir de quel état et comment. »
Les représentants de FNE 43 évoquent également des difficultés d’accès à certains documents concernant les mesures compensatoires environnementales mises en œuvre dans le cadre du projet. La préfecture renvoie vers la Région, qui ne les transmet pas. Ces mesures visent à restaurer ou recréer des milieux naturels pour compenser les impacts du chantier.
Malgré la saisine de la CADA (Commission d’Accès aux Documents Administratifs) puis du tribunal administratif obligeant la Région à transmettre les documents, toujours rien en vue. L’appel est en cours « mais pourrait prendre deux ans », amenant à une décision vers février 2027. Sans les documents, l’association estime difficile de pouvoir faire plus.
Elle estime également que les données présentées lors du comité de suivi, « seulement deux tableaux synthétiques », restent trop limitées pour permettre une vérification précise des compensations. Ces mesures compensatoires sont pourtant imposées à la Région par un arrêté préfectoral, le cinquième pris depuis le début du projet.
Un débat plus large sur la biodiversité
« On est sur la sixième extinction de masse de la biodiversité dans le monde. »
Au-delà de chercher à faire respecter la loi, les représentants de FNE 43 insistent sur les enjeux plus larges liés à la biodiversité. Ils rappellent que les milieux naturels jouent un rôle essentiel, notamment pour la gestion de l’eau ou la pollinisation.
Selon eux, la difficulté réside souvent dans la perception de ces enjeux face aux besoins immédiats, comme les déplacements ou les infrastructures. L’association indique avoir également proposé, depuis 2020, des alternatives au projet routier, notamment une déviation moins destructrice et un renforcement des transports en commun entre Le Puy-en-Velay et Saint-Étienne.
« Ce qu’on détruit aujourd’hui paraît anodin, mais l’inaction va coûter des milliards demain. »
"Protéger la biodiversité coûte bien moins cher que de la détruire, et arrêter le chantier pour mettre en œuvre les alternatives pourrait économiser 50 à 100 millions d’euros."
Face à l’augmentation du prix des carburants et aux enjeux climatiques, ils estiment que « la question du développement des transports en commun est aujourd’hui d’autant plus pertinente ».
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2 commentaires
Il ne faut pas non plus céder à l’alarmisme. Ce projet est attendu depuis des années pour améliorer la sécurité et la circulation. Il a fait l’objet d’études, de procédures environnementales et de décisions de justice qui ont confirmé sa légalité. Les recours ont été examinés et pour l’essentiel, épuisés.
A un moment dans un État de droit, il faut aussi accepter que les procédures arrivent à leur terme. La protection de l’environnement est une cause sérieuse et elle mérite mieux que des contestations sans fin une fois que tout a été instruit.
Disons simplement que certains militants écologistes ont parfois du mal avec une idée pourtant très naturelle : même les recours administratifs ont une fin de vie.
Vous ne trouvez pas bizarre le fait que chacun ait énormément de difficultés à obtenir des documents publics ? La région, avec le soutien de M. Le Préfet, aurait'elle de choses à cacher ?