Dans les prés, l’herbe manque. Dans les granges, les stocks diminuent. Et dans les exploitations, l’inquiétude ne retombe pas. Après avoir puisé dans leurs réserves de fourrages tout l’été, il faut désormais tenir jusqu’au printemps.
Ce vendredi, le préfet Yvan Cordier réunissait les syndicats agricoles pour une cellule départementale sécheresse. Il évoque notamment l'été « le plus chaud depuis 2003 », avec 3,6 °C de plus que les normales de saison. Un épisode qui a laissé des traces.
Des mesures jugées décevantes
Parmi les annonces : la prolongation en septembre et octobre du remboursement de 15 centimes par litre de Gazole non routier (GNR), une aide à la prise en charge de 200 000 € pour le Département, ainsi qu’un fonds de réarmement agricole destiné notamment au fourrage.
Mais pour Julien Duplomb, président des Jeunes Agriculteurs 43, et Nicolas Merle, président de la FDSEA 43, le compte n’y est pas. « C’est décevant, les enveloppes ne sont pas à la hauteur des pertes constatées sur notre département », estiment-ils.
Concernant le fonds de réarmement, l’objectif serait notamment d’aider jusqu’à 700 exploitations à hauteur de 2 000 euros. « Ça ne nous convient pas », affirme Julien Duplomb, qui évalue cette aide à seulement 10 % des pertes.
Les limousines de Marnhac
Photo par HU
Plus de 50 % de pertes sur les fourrages
Car derrière les chiffres, c’est une question très concrète qui se pose : comment nourrir les animaux dans les prochains mois ? Dans le département, les syndicats estiment les pertes à plus de 50 % sur les fourrages cette année. Pour les lentilles, elles atteindraient même 80 %.
L’Indemnisation de solidarité nationale (ISN), censée compenser une partie des pertes liées aux aléas climatiques, suscite elle aussi des critiques.
Son déclenchement repose notamment sur l’observation de la pousse de l’herbe par satellite, jusqu’à fin octobre, là où les agriculteurs réclament des bilans de terrain plus rapides. « Les agriculteurs ont besoin de fourrage maintenant, pas dans six mois », lance Nicolas Merle.
« On a tapé dans les stocks tout l'été »
Sur son exploitation du GAEC La Belle Limousine, à Marnhac, sur la commune de Polignac, Loïc Chabannes, installé depuis 2022, mesure les conséquences de cette année difficile. « C’est surtout l’été qu’on a eu du mal. Au printemps, ça allait donc on avait du stock, mais on a tapé dans les stocks tout l’été. »
Les pertes atteignent selon lui 10 à 15 % sur les premières coupes, mais entre 50 et 75 % sur les deuxièmes coupes, réalisées entre le 1er et le 20 juillet. Les dernières pluies ne devraient pas suffire. Quant aux mesures annoncées, son jugement rejoint celui des syndicats : « C’est des mesurettes par rapport à ce qu’il nous faudrait. »