Le spectre du barrage de Serre de la Fare
Pour comprendre la mobilisation actuelle, il faut remonter en 1988. À l'époque, un immense projet d'aménagement prévoyait la construction de quatre gros barrages sur la Loire. Parmi eux, celui de Serre de la Fare : un monstre de 90 mètres de haut destiné à inonder la vallée près de Costaros, du pont de Chadron jusqu'aux abords de Goudet. Près de 20 kilomètres des gorges les plus sauvages du fleuve auraient purement et simplement disparu sous les eaux.
Après quatre ans d'une lutte acharnée menée par des citoyens et des associations déterminées comme SOS Loire Vivante, le projet est abandonné. Le secteur est alors classé Natura 2000.
Une marche symbolique pour un cri d'alerte
Quarante ans après le début de cette épopée, la vigilance reste de mise. Roberto Epple, figure historique du mouvement, vient d'organiser une marche citoyenne réunissant quarante marcheurs issus de diverses associations environnementales. Leur périple ? Redécouvrir les paysages magnifiques qui auraient dû être engloutis.
Car malgré les labels, la Haute Vallée de la Loire est aujourd'hui jugée trop fragile. Elle souffre notamment d’un manque d’eau chronique. En cause ? Le changement climatique, mais aussi les prélèvements massifs d’EDF qui détournent une partie de l'eau vers l’Ardèche pour alimenter le complexe hydroélectrique de Montpezat.
Le Manifeste du 1er juillet 2026 : un plan politique et juridique pour l'eau
Le moment fort du week-end s'est tenu lors d'une grande soirée-débat et d'échanges à Goudet. Plusieurs personnalités — dont des élus locaux, le président du SAGE Loire amont, et Vianney Barbin et Francis Vautier de la Mission Val de Loire (représentants du patrimoine mondial de l'UNESCO) — ont croisé le fer sur deux sujets brûlants : la protection à long terme de la Haute Vallée et le partage équitable de l'eau avec l'Ardèche.
C'est à cette occasion qu'a été mis en avant le Manifeste officiel de SOS Loire Vivante, qui porte des exigences fortes :
- Moins de prélèvements d'eau : Réduire de 10 à 20 % les prélèvements d'EDF vers l'Ardèche via le complexe de Montpezat afin de garantir un débit biologique minimal pour la Loire face au changement climatique.
- Un bouclier juridique pour les terres : Mettre en place des Obligations Réelles Environnementales (ORE) pour verrouiller la protection des espaces naturels (jusqu'à 99 ans).
- Une reconnaissance internationale : Classer la vallée entre le Mont Gerbier de Jonc et Le Puy-en-Velay en Réserve de Biosphère de l'UNESCO.
- Une personnalité juridique : Donner un statut juridique propre au fleuve pour pouvoir légiférer efficacement sur sa préservation.
« Nous demandons que ces engagements soient pris dès aujourd'hui afin de transmettre aux générations futures une Loire qui a encore de l'eau, une Loire libre, vivante et résiliente ! » proclame le manifeste. Le message est clair : le fleuve n'a pas fini de faire entendre sa voix.
Un week-end de marche au cœur de la science et des peupliers noirs de la vallée
Au-delà de l'effort physique, cette marche se voulait un laboratoire à ciel ouvert avec des interventions de Marc Villar (chercheur et généticien de l'INRAE) sur les peupliers noirs et la biodiversité. Il a animé une visite dédiée aux majestueux peupliers noirs endémiques, une espèce essentielle de la forêt fluviale aujourd'hui en cours de protection. C'est une espèce pionnière dont les graines germent uniquement sur les bancs de graviers et de sable laissés par les crues. Son système racinaire puissant stabilise les berges, tandis que ses cavités abritent une riche faune locale.
Marc Villar et le peuplier noir
Les travaux de Marc Villar (INRAE) étudient la diversité génétique de cet arbre le long de la Loire pour faire face aux menaces (hybridation avec les cultures industrielles, sécheresses).
Ses travaux se concentrent sur deux axes : la préservation génétique en protégeant les populations pures sauvages pour éviter la pollution génétique, et l' adaptation climatique : Analyser la résistance de ces arbres aux hausses de températures.
Histoire et santé des forêts
L' ancien maire de Goudet Didier Bourdelin a proposé une visite guidée du village. L'occasion de faire un point concret sur la sécurité et l'environnement, 9 ans après la dernière crue historique qui a marqué les esprits locaux.
La santé des forêts avec Jean-Luc Parrel : Cet ingénieur forestier du CRPF a accompagné les marcheurs dans les gorges jusqu'au Mas de Bonnefont. Il a dévoilé au grand public la méthode d'inventaire scientifique utilisée pour évaluer et surveiller la qualité écologique de nos massifs forestiers. La surveillance des vallées avec Daniel Veysseyre : Membre des Gardes aux Vallées, il a encadré la première journée de randonnée vers la cascade de la Beaume et les Salles du Brignon, partageant son expertise du terrain.