Dans une tribune publiée ce jeudi 15 janvier, le président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme, Lionel Chauvin interpelle, sans prendre de pincettes, les Français sur leurs contradictions face à l’agriculture.
S’ils se disent majoritairement favorables au monde agricole, leurs actes de consommation et leurs choix collectifs racontent parfois, selon lui, une toute autre histoire.
« Les Français doivent régler au plus vite leurs contradictions pour soutenir (réellement) les agriculteurs : c'est possible ! »
Une entrée - en matière - qui ne manque pas d'assaisonnement ! L'auteur de ces mots ? Lionel Chauvin, Président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme dans une tribune publiée ce 15 janvier 2026.
« Une grande partie de la population française prétend soutenir les agriculteurs. Et pourtant… », écrit-il.
Selon lui, ce soutien reste largement conditionnel. « En réalité, les Français, dans leur grande majorité, ne les soutiennent que sous conditions. Et c’est précisément là que tout se bloque. »
Le président pointe notamment le décalage entre les exigences affichées et les comportements d’achat.
« Au moment de passer en caisse, les consommateurs exigent des prix toujours plus bas dans les hypermarchés, tout en proclamant vouloir mieux rémunérer ceux qui produisent. »
Même constat sur la demande de circuits courts et de productions locales. « Les Français réclament du local, du circuit court, du "produit de la ferme d’à côté" puis ne tolèrent pas – voire engagent des recours contre les nuisances agricoles. »
Il cite notamment le cas de l’élevage : « Les Français rejettent le poulet brésilien et les œufs ukrainiens, mais sans accepter les installations ni les infrastructures nécessaires pour produire davantage chez nous. »
« Not In My Backyard »
Il évoque également le phénomène bien connu du « Not In My Backyard » "Pas dans mon jardin" qui s’invite de plus en plus au rythme des installations de méthaniseurs.
Les conséquences économiques sont, selon lui, déjà visibles. « Les rayons se vident. La consommation d’œufs atteint 15 milliards par an », rappelle-t-il, soulignant que la filière est fragilisée par l’impossibilité de créer de nouveaux outils de production. « Mission quasi impossible dans un pays où chaque projet se heurte à une avalanche de normes, de recours et de décisions parfois ubuesques. »
Il appelle alors à une prise de responsabilité collective. « Voilà le cœur du problème agricole français : un pays qui proclame son amour pour ses agriculteurs mais leur refuse les moyens concrets de produire, d’investir et de se projeter. »
Après cette avalanche moralisatrice, le ton s'adoucit, « Pourtant, agir est possible. » Oui, puisque le Conseil départemental qui n'en n'a même pas la compétence, lui le fait...
« Dans le Puy-de-Dôme, depuis 2021, nous avons fait le choix d’une politique agricole volontariste.» Soutien à I'installation des jeunes agriculteurs, accompagnement des filières (vinicoles, ovines, porcines, bovines, ail etc..) investissement dans des outils de production locaux et il cite ici les abattoirs d'Issoire.
Tous dans le même bateau
« Il y a des choix de consommateurs et des choix politiques qui doivent en dire long sur notre détermination collective à faire (réellement) bouger les lignes. », Puis il achève son propos, et ses victimes : « Encore faut-il avoir le courage de les assumer ensemble. »