Étaient venus braver les températures négatives, des représentantes et représentants de La France Insoumise, du Parti Communiste, du Parti Ouvrier Indépendant, de Génération·s, de la Fédération Syndicale Unitaire mais également des membres de l'Assemblée des Citoyens Argentins en France, des militants, des sympathisants et des citoyens.
« Une agression impérialiste pour le pétrole »
Tous les intervenants décrivent la nuit du 2 au 3 janvier comme un tournant : l’armée américaine a bombardé Caracas et plusieurs sites stratégiques, avant qu’un commando ne capture et n’exfiltre Nicolás Maduro et son épouse vers les États-Unis, où ils doivent être jugés sur la base d’accusations liées au narcotrafic.
Pour les organisateurs, il s’agit « d’un acte d’agression contre la nation du Venezuela pour s’emparer de son pétrole », qui prolonge des années de sanctions, de blocus économiques et de tentatives de déstabilisation contre un pays ayant nationalisé ses ressources.
« Les États-Unis de Trump s’emparent du pétrole du Venezuela en violant sa souveraineté avec une intervention militaire et l’enlèvement odieux du président Maduro et de son épouse. », Naziha Bouachmir, La France Insoumise
Naziha Bouachmir, La France Insoumise
Photo par Nadia Meyer
Doctrine Monroe, pétrole et narcotrafic : les ressorts dénoncés
Plusieurs prises de parole reviennent sur la doctrine Monroe, que Donald Trump a revendiquée dans sa dernière stratégie de sécurité nationale, pour justifier un retour à la prééminence américaine sur l’hémisphère occidental et garantir l’accès de Washington aux ressources de la région.
Sous couvert de lutte contre le narcotrafic et le « narcoterrorisme », les militants présents voient dans l’offensive actuelle la continuité d’une politique d’ingérence structurelle, où la question du trafic de drogue sert de prétexte à une intervention visant en réalité le contrôle du pétrole vénézuélien.
« Personne n’est dupe : derrière cette attaque, il y a une course au pétrodollar. », Laurent Johanny, Génération·s
Laurent Johanny, Génération·s
Photo par Nadia Meyer
Mémoire des coups d’État en Amérique latine
Dans les discours, l’attaque de Caracas réactive le souvenir des coups d’État appuyés par Washington en Amérique latine dans les années 1970, du Chili à l’Argentine, perçus comme autant de précédents d’un même impérialisme.
Un intervenant argentin, Juan Francia, venu avec un drapeau vénézuélien, rappelle que « depuis 25 ans, les États-Unis ont l’obsession de reprendre le contrôle du pétrole vénézuélien », entre tentatives de putsch, sabotages économiques et sanctions qui ont déjà plongé le pays dans une grave crise sociale.
« Aujourd'hui c’est le Venezuela, demain ce sera peut‑être le Groenland : c’est la loi du plus fort qui s’impose à la place du droit international. », Juan Francia, Assemblée des Citoyens Argentins en France
Juan Francia, Assemblée des Citoyens Argentins en France
Photo par Nadia Meyer
Macron et l’Europe dans le viseur
Les critiques se concentrent aussi sur la réaction d’Emmanuel Macron, qui s’est publiquement félicité de la chute de Maduro sans condamner les bombardements ni l’enlèvement d’un chef d’État, rejoignant ainsi la ligne défendue par Washington et plusieurs dirigeants européens.
Pour le PCF comme pour LFI et G·s, le président français « foule au pied le droit international » et se place « du côté de la force contre le droit », en s’arrogeant le pouvoir de décider à la place du peuple vénézuélien qui doit diriger le pays, en rupture avec la tradition française de multilatéralisme et d’indépendance diplomatique.
« La déclaration d'Emmanuel Macron est d'une exceptionnelle gravité. », extrait du communiqué du Parti Communiste
Michelle Chaumet, Parti Communiste Haute-Loire
Photo par Nadia Meyer
« Pas d’indignation sélective »
Sur la place, les militants soulignent qu’ils ne se font aucune illusion sur le caractère autoritaire du régime de Maduro, régulièrement accusé de violations des droits humains, mais refusent pour autant la logique de changement de régime imposé de l’extérieur par la force.
Plusieurs orateurs insistent sur leur refus de « l’indignation sélective » : ils dénoncent à la fois l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le « génocide à Gaza » et maintenant l’agression contre le Venezuela, en rappelant que seules les populations civiles paient le prix de ces guerres.
« Nous n’avons pas l’indignation sélective d’Emmanuel Macron. Nous sommes toujours solidaires des peuples qui subissent les guerres et les invasions. », Naziha Bouachmir, La France Insoumise
Drapeaux vénézuélien et palestinien
Photo par Nadia Meyer
Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
Dans les communiqués lus par Génération·s, le Parti Communiste et la Fédération Syndicale Unitaire, une même ligne se dégage : quelles que soient les critiques adressées au gouvernement vénézuélien, « cette intervention américaine constitue, au regard du droit international, une agression contre un État souverain » et viole des principes fondamentaux comme la souveraineté des États et l’interdiction du recours à la force.
Les intervenants affirment que c’est au peuple vénézuélien, et à lui seul, de juger son gouvernement, de décider de son avenir politique et du sort de ses ressources naturelles, en dehors de toute prédation étrangère.
« C’est au peuple vénézuélien et à lui seul qu’appartient souverainement le droit de déterminer son avenir et de gérer les ressources du pays. », Extrait du communiqué de la Fédération Syndicale Unitaire
Drapeau vénézuélien
Photo par Nadia Meyer
Une colère nourrie par le silence des médias
Juan Francia, de l'Assemblée des Citoyens Argentins en France, dit être en lien avec des journalistes et des proches à Caracas, qui décrivent des manifestations massives pour la libération de Maduro et contre l’intervention américaine, largement absentes des écrans français.
Ils alertent sur la montée des « fake news » et des images détournées, qui feraient passer ces mobilisations pour des rassemblements en soutien à l’opération américaine, alors que, selon eux, « la réalité sur le terrain est bien différente ».
« Malheureusement, il n’y a pas d’écho dans la presse européenne. Pire, certaines images sont manipulées pour faire croire que le peuple soutient l’intervention. », Juan Francia, Assemblée des Citoyens Argentins en France
Une solidarité internationale qui s’organise
Les manifestants du Puy inscrivent leur mobilisation dans un mouvement plus large : des rassemblements similaires se tiennent, affirment-ils, dans de nombreuses villes de France (Marseille, Paris, Grenoble, Nîmes, Le Havre, Caen…) mais aussi en Europe (Londres, Barcelone, Bologne) et aux États‑Unis, où des organisations comme Democratic Socialists of America (DSA) condamnent également l’« illégalité » et le caractère « impérialiste » de la guerre déclenchée par Donald Trump.
Les textes lus sur la place exigent la libération de Maduro, le retrait des forces américaines et de leurs moyens militaires de la Caraïbe, la fin des sanctions économiques et la mise en œuvre de solutions politiques, diplomatiques et multilatérales, sous l’égide du droit international.
« Nous appelons toutes les militantes et tous les militants épris de liberté et de justice à manifester pour affirmer notre pleine et entière solidarité avec le peuple vénézuélien. », extrait de la déclaration lue au nom du Parti Ouvrier Indépendant
Benoit Bacl, Représentant du Parti Ouvrier Indépendant
Photo par Nadia Meyer
Alors que résonnent encore les slogans « Trump dehors, le Venezuela n’est pas à toi ! », les participants du rassemblement du Puy-en-Velay assurent que cette mobilisation ne sera pas la dernière, convaincus que l’issue de la crise vénézuélienne pèsera bien au‑delà des frontières du pays.
Reste à savoir si ces appels à la défense du droit international, au refus de la loi du plus fort et au respect du droit des peuples à disposer d’eux‑mêmes trouveront un véritable écho à Paris, à Bruxelles et dans les grandes capitales, ou s’ils resteront cantonnés aux places des villes et aux communiqués militants.