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« Démunis, épuisés et fatigués », les greffiers du Puy-en-Velay ont entamé un mouvement de grève ce lundi 6 juillet. Les robes noires ont quitté les salles d'audience pour se retrouver sur les marches du tribunal judiciaire du Puy. Une mobilisation exceptionnelle pour une profession habituellement discrète. La cause : un manque criant d'effectifs.
Ils sont rarement sur le devant de la scène. Ce lundi matin, les greffiers et l'ensemble du personnel de greffe de la cité ponote ont quitté leurs bureaux pour se rassembler sur les marches du tribunal judiciaire du Puy-en-Velay.
Le tribunal judiciaire du Breuil, le site du Clauzel et le conseil de prud'hommes étaient représentés dans cette mobilisation que les agents qualifient eux-mêmes d'exceptionnelle. Tous lancent le même message : il manque des humains, et la situation est devenue intenable.
L'émotion est palpable dans la voix d'Alexandra Niel, greffière des services judiciaires au Puy-en-Velay. Derrière la colère, c'est surtout une profonde détresse qui s'exprime. « C'est tout le personnel de greffe qui a déclenché une grève aujourd'hui parce que nous arrivons à un niveau critique d'effectifs dans ce tribunal », explique-t-elle.
« Nous sommes complètement démunis », Alexandra Niel, greffière des services judiciaires
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : « Nous avons un effectif théorique de 45 et aujourd'hui, nous ne sommes plus que 26. Il manque 19 personnes à quelques semaines des vacances judiciaires. » Dans ces conditions, assurer la continuité du service devient un casse-tête. « Nous ne savons pas comment assurer le service minimum de ce tribunal. Nous sommes complètement démunis, épuisés, fatigués et nous n'avons pas d'autre choix que de manifester notre détresse aujourd'hui. »
Malgré la mobilisation, la greffière avoue vivre cette journée avec un sentiment partagé. « Pour moi, c'est très dur de ne pas être à mon poste de travail aujourd'hui. » L'avenir immédiat reste d'ailleurs incertain : « Demain matin, nous n'avons pas encore décidé si nous reprendrons le travail. »
Pour Julien Chastang, greffier au tribunal judiciaire et représentant du personnel CGT des services judiciaires, la situation ne date pas d'hier. « On alerte depuis 2017, mais ça date de bien plus longtemps. La juridiction du Puy est la plus touchée du ressort de la cour d'appel de Riom, entre les absences, les postes qui ne sont pas pourvus et les départs jamais remplacés », déplore-t-il.
Des conséquences bien visibles d'un point de vue humain. « Il y a des drames, il y a des arrêts de travail, il y a des burn-out, il y a des gens qui craquent. Travailler dans ces conditions, c'est usant, c'est fatigant. »
Et les renforts ponctuels envoyés par la cour d'appel ne suffisent plus : « On reçoit des greffiers placés qui viennent en renfort, mais même avec toutes ces aides, ça ne suffit pas. » Face au manque de personnel, les priorités sont revues en permanence. Le greffier explique, impuissant : « Ce qui est très urgent doit être remplacé par ce qui est extrêmement urgent. »
Conscients des conséquences de leur mouvement sur les justiciables, les agents assurent avoir longuement réfléchi avant de cesser le travail. « On est toujours soucieux de notre travail. On a conscience de la portée sur la vie des gens. On a réfléchi à ça, ce n'est pas simple », précise Julien Chastang.
Dans une déclaration lue devant le tribunal, les personnels réclament « l'octroi immédiat de renforts massifs et durables afin que le tribunal ait enfin les moyens de rendre justice », ainsi que le paiement des heures supplémentaires accumulées.
Le représentant du personnel conclut par une phrase qui pourrait résumer toute la portée de cette journée de grève :
« On se sera peut-être aperçu que derrière, quand il n'y a pas de greffier, ça bloque. »
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