« Les enfants sont heureux d’aller à l’école » : Sœur Sara de passage au Puy

Par Nadia MEYER , Mise à jour le 22/05/2026 à 06:00

Temps de lecture : 4 minutes

En visite au Rocher Saint-Michel d’Aiguilhe ce mercredi 20 mai, Sœur Sara, proche collaboratrice de Sœur Emmanuelle dès les années 1970, a témoigné de l’évolution des camps de chiffonniers du Caire et des actions menées par l’association Opération Orange, soutenue localement en Haute-Loire.

« Refus de l’assistanat et bénévolat total »

Opération Orange est une association créée par Jean Sage en 1994. Elle a pour but d’aider les enfants d’Égypte, du Soudan et du Liban, en finançant notamment l’éducation des jeunes filles pour favoriser leur émancipation.

Au Rocher Saint-Michel d’Aiguilhe, la venue de Sœur Sara n’avait rien d’une simple visite protocolaire. Derrière cette silhouette discrète se trouve l’une des dernières grandes témoins de l’œuvre menée depuis plus de cinquante ans auprès des chiffonniers du Caire, dans la continuité de Sœur Emmanuelle.

Accueillie ce mercredi au cœur du site emblématique d’Aiguilhe, en présence notamment de la maire Josiane Varenne et de la présidente de la SEM Cap Tourisme 43 Corinne Bringer, Sœur Sara a participé à un temps d’échange avec des responsables d’Opération Orange, des bénévoles locaux et plusieurs médias.

Sœur Sara entourée de Michel Charreyre, Patrick Cuinet, Josiane Varenne, Corinne Bringer Photo par Nadia Meyer

« Aujourd’hui, des filles font des études de médecine »

Depuis les années 1970, Sœur Sara vit au plus près des chiffonniers du Caire, ces familles qui vivent du ramassage et du tri des déchets. Un quotidien longtemps marqué par l’extrême pauvreté, le travail des enfants et l’absence d’accès à l’éducation.

« La première école en 1982 comptait 25 élèves, dont seulement deux filles », rappelle Patrick Cuinet, président national d’Opération Orange. « Aujourd’hui, nous avons une école de 1 150 élèves, et certaines anciennes chiffonnières sont devenues professeures, médecins, pharmaciennes ou comptables. »

« Les enfants sont heureux d’aller à l’école. »

L’éducation reste au cœur du travail mené sur place. Dans les camps de Mokattam, les jeunes filles étaient autrefois promises à des mariages très précoces et à de multiples maternités. « Maintenant, nos écoles ont des résultats vraiment très très bons », témoigne Sœur Sara.

L’association insiste aussi sur une idée centrale héritée de Sœur Emmanuelle : « Pas d’assistanat. » Les familles participent financièrement à la scolarité de leurs enfants, afin de préserver leur dignité et leur autonomie.

Aujourd’hui, le tiers du personnel est composé d’anciens chiffonniers diplômés. L’objectif est qu’un jour les habitants puissent gérer eux-mêmes les structures.

Photo par Nadia Meyer

Une mobilisation bien ancrée en Haute-Loire

Si l’action se déroule à plusieurs milliers de kilomètres, elle trouve aussi des relais très concrets, dont celui de la Haute-Loire. Le relais départemental d’Opération Orange a été créé en 2018 et est présidé par Michel Charreyre. Depuis, bénévoles, donateurs et entrepreneurs locaux se mobilisent régulièrement à travers des ventes d’oranges, des repas solidaires ou encore des rencontres dans les établissements scolaires.

« Les plus grands parmi nous sont ceux qui s’occupent des plus petits »

Un club d’entrepreneurs baptisé « Yalla ! – Le Club », référence à l’expression arabe signifiant « en avant », souvent utilisée par Sœur Emmanuelle, soutient aujourd’hui les études supérieures de douze étudiants égyptiens au Caire. « Les plus grands parmi nous sont ceux qui s’occupent des plus petits », résume Michel Charreyre.

La journée de mercredi a d’ailleurs débuté dans plusieurs établissements scolaires du bassin ponot. À la Chartreuse, puis à Saint-Régis, Sœur Sara est venue échanger avec des lycéens et collégiens autour des réalités vécues dans les camps de chiffonniers.

« On peut être pauvre aussi moralement »

Au fil des échanges, Sœur Sara a aussi livré un regard plus large sur les différences entre la France et l’Égypte.

« Vous vous rendez compte de la chance que vous avez ici », a-t-elle lancé aux jeunes rencontrés dans les écoles. Avant d’ajouter : « On peut être pauvre aussi moralement. »

Au-delà de l’aide humanitaire, les responsables d’Opération Orange disent vouloir transmettre une autre manière de regarder le monde et les autres. Après plusieurs étapes en France ces derniers jours, Sœur Sara poursuivra sa tournée nationale avant de repartir prochainement vers Le Caire, où elle continue de vivre au milieu des chiffonniers.

Le mot de la fin par sœur Sara :

« Qu’ils se contentent de ce qu’ils ont ici. Ils ont la chance de vivre dans un pays très joli, avec des fleurs, des plantes, où l’on ne sent pas la pollution. Ils ne manquent de rien. Il faut qu’ils se respectent entre eux et, quand ils ont l’occasion d’aider les autres, qu’ils le fassent, ici, en Égypte ou ailleurs, et qu’ils soient contents de leur sort. »

Photo par Nadia Meyer

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