La pluie fine n'a pas refroidi les ardeurs. À 10 h 30, place Cadelade, salariés du privé et du public, retraités et lycéens ont pris le départ d'une nouvelle journée de grève et de manifestation, à l'appel de l'intersyndicale de Haute-Loire.
Une mobilisation qui s'inscrivait dans un mouvement national ayant donné lieu à 252 manifestations à travers la France, selon la carte de la CGT. Si les syndicats revendiquaient 3 000 participants au Puy-en-Velay, la police en comptabilisait entre 1 300 et 1 400. Les témoignages recueillis dans le cortège, eux, dessinent un même paysage : celui d'une société où enseignants, artisans ou encore salariés n'y arrivent plus.
« Ça n'a jamais été aussi difficile d'enseigner »
Sur sa pancarte, Audrey, 39 ans, enseignante dans un collège du département, a inscrit : « La solitude des professeurs est infinie », en référence au roman de Yannick Haenel, récemment récompensé par le prix Femina.
« Le livre parle de la situation des professeurs qui sont seuls face à leur classe, parfois dans des situations de conflit, et qui ne sont pas aidés par l’institution », explique-t-elle. Une solitude qui peut conduire « à des situations de dépression ».
À ses côtés, Laurence, sa collègue, enseigne depuis 30 ans. Son constat est sans appel : « Ça n’a jamais été aussi difficile d’enseigner qu’aujourd’hui. » Classes surchargées, manque de moyens et avenir des élèves incertain : elle dénonce des conditions d’apprentissage dégradées. Son parapluie, transformé en pancarte, affiche un message : « Investir dans la jeunesse, c’est investir dans notre avenir collectif à tous. »
Audrey et Laurence, enseignantes en collège
Photo par HU
« La grille de salaire n'a pas bougé depuis des années »
Pour certains salariés de l’Union départementale des associations familiales (UDAF) de Haute-Loire, cette manifestation était une première. Mandataires, juristes et comptables ont décidé de sortir du silence face à des salaires qui stagnent et à la hausse du coût de la vie.
« La grille de salaire n’a pas bougé depuis des années. Les salariés viennent travailler de toute la Haute-Loire, l’essence est chère et aucune mesure n’est prise pour pallier l’augmentation du coût de la vie », témoigne l’une d’elles. Une mobilisation devenue nécessaire face à une direction indifférente, selon leurs paroles.
« On est obligé de chercher des moyens pour nous faire entendre. [...] On a fait des demandes de télétravail, d’aménagements d’horaires qui n’ont pas été entendues. »
Salariée de l’UDAF et élue d’opposition à la mairie du Puy-en-Velay, Saloua El Aazzouzi déplore de son côté : « On démarre avec un diplôme dans le social, suivi d’une formation complémentaire et on est au SMIC. Je peux vous garantir que les jeunes collègues pleurent à la vision de leur première fiche de paye. »
Le ras-le-bol des salariés de l'UDAF
Photo par HU
« On n'arrive plus à manger »
Venu de Langeac avec sa fille adolescente Lélie, Bruno, 57 ans, a fait preuve d'originalité pour faire passer son message. Sur sa pancarte, on peut lire : « Marre des croquettes, on veut du poulet ».
Derrière cette formule, une réalité bien moins légère : « Ce que ça veut dire, c’est qu’on n'arrive plus à manger quoi. » Artisan, il pointe également du doigt le prix du carburant : « Le prix du gasoil aussi, c’est infernal. Je n’ai aucune aide par rapport à ça, on ne peut plus travailler. »
Bruno et Lélie ont fait le déplacement depuis Langeac
Photo par HU