On le sait tous, être agriculteur, depuis quelques années, c'est loin de n'être qu'une partie de plaisir. Si l'agriculture est une passion qui prend aux tripes, beaucoup se retrouvent étranglés par les dettes. Prix d'achat trop bas, matériel toujours plus cher d'année en année, journées à rallonge, normes compliquées qui entraînent un travail administratif conséquent... Pour eux, la vie n'a jamais été si dure.
Et malheureusement, s'ils ont beaucoup été sur le devant de la scène ces dernières années, c'est en raison d'une triste réalité : une épidémie de suicides.
En effet, selon la Mutualité sociale agricole et Santé publique France, on parle d'un suicidé tous les deux jours chez les agriculteurs français.
À toutes ces problématiques, s'ajoutent les coups durs ponctuels : le COVID en 2020, et cet été 2026, des canicules sans précédent en Haute-Loire, l'été le plus chaud depuis 2003.
De grosses pertes
Pour Marie-Lise Brice, éleveuse et porte-parole de la Confédération paysanne 43, cette sécheresse a impacté tous les producteurs. "J'ai eu de gros problèmes pour nourrir mes bâtes, car les rendements de récoltes étaient mauvais, commence-t-elle. En montagne, il a gelé jusqu'au 20 mai à Craponne, puis dès début juin, il y a eu la première alerte canicule. J'ai fait -20 % en fenaison, qui me sert habituellement à nourrir mes vaches l'hiver et dont j'ai déjà dû me servir cet été."
Et c'est sans compter la considérable consommation d'eau des bovins qui boivent habituellement 85 litres d'eau par jour et par vache. Un chiffre qui a grimpé à 110 litres par jour par vache, consommation et évaporation confondues. "Je n'ai jamais autant charrié d'eau de ma vie", dévoile l'éleveuse, essoufflée.
Ses vaches, pourtant bichonnées et aimées, n'ont pas hésité à se faire la belle, à la recherche de la fameuse herbe qui serait plus verte chez le voisin. "Elles s'enfuient, car elles ne sont pas bien, il n'y a rien à manger."
Des revenus à la baisse, des charges à la hausse
Marie-Lise en témoigne, être agriculteur, ce n'est pas la panacée financière. "Je ne peux pas augmenter mes prix, parce que les clients n'ont plus le pouvoir d'achat pour, mais je ne sais pas de quoi demain sera fait", admet-elle.
Et ce ne serait que juste rétribution pour un métier de travailleurs acharnés, car on parle de 70h à 90h de travail par semaine pour Marie-Lise. Mais côté salaire, ça ne suit pas vraiment. "Je fais pourtant partie des chanceux, souligne-t-elle. J'ai de la trésorerie et j'arrive à me payer un SMIC mensuel et, parfois, à partir en vacances." Gardons tout de même en mémoire qu'il s'agit d'un SMIC de 35h alors que Marie-Lise en travaille plus du double.
S'ajoutent aussi les dépenses, notamment la bête noire du moment, le tristement détesté gazole. Mais aussi l'énergie, les emballages et le matériel.
"On ne se sent pas soutenus"
Et c'est surtout ça, le message qui ressort. Pour Marie-Lise, les agriculteurs sont "abandonnés".
"Le gouvernement choisit de tout lâcher à l'agro-industrie par souci d'économie et de financements, mais nous parlons d'élevages dans lesquels des millions de poulets et de porcs sont morts de chaud cet été. Quid du bien-être animal ?", s'insurge l'agricultrice.
Selon elle, privilégier les grandes entreprises de l'agroalimentaire est sans bénéfice. "C'est moins d'emplois, des produits de moins bonne qualités, des animaux dans de plus mauvaises conditions, et moins d'argent pour les petites exploitations."
Elle poursuit : "Ces systèmes sont encore plus dépendants des énergies fossiles, ils ne se privent pas de monter les prix. Alors que nous on prend sur nos vies et nos salaires, par amour. On veut seulement du protectionnisme, de la simplification administrative et pouvoir vivre dignement de notre travail."
"Mais on est dans un tel niveau d'incertitude que c'est dur de se projeter, et je plains les jeunes qui s'installent."
Face à cet inquiétant constat, nous avons voulu interroger Monsieur le préfet de Haute-Loire, Yvan Cordier, pour lui demander ses positions et les aides mises en place. Malgré nos multiples sollicitations, nous n'avons pas reçu de réponse.