En début d’audience, un premier épisode de harcèlement a été évoqué suite à une main courante déposée en 2021 par une jeune fille. Ils s’étaient rencontrés pendant leurs années de collège et faisaient partie du même cercle d’amis. Après quelques années, il avait harcelé cette dernière en lui envoyant des messages et des photos de lui au travail, à la maison. Il était donc jugé en récidive.
Le prévenu explique que cette époque de sa vie, vers 18-20 ans, était chaotique : ses relations avec sa famille d’accueil étaient compliquées, sa famille naturelle n’était pas présente pour l’aider. Il déprimait, s’est renfermé et isolé avec les réseaux sociaux.
C’est un prédateur
Les associations luttant contre la pédocriminalité, reconnues d’utilité publique, œuvrent contre les prédateurs sexuels. Elles créent des personnages virtuels pour traquer ceux qui prennent contact avec des mineurs, puis font un signalement à la justice. Parmi elles, « Les Enfants d’Argus » et « Team Moore » sont particulièrement actives.
C’est donc le 4 février 2024 qu’un premier signalement est adressé au procureur de la République. Un deuxième suivra, le 8 mars 2024, émanant de deux associations distinctes.
Il sera établi que le prévenu entretenait des relations avec des mineurs de moins de 15 ans via les réseaux sociaux. Il leur envoyait des messages sans aucune retenue, comme : « Tu verras plus tard, c’est naturel de se masturber », ou demandait des « nudes » (photos dénudées) à des fillettes. Pour les amadouer, il leur donnait son nom, son adresse, leur envoyait des photos de lui. Il leur postait également des photos et des vidéos pornographiques. Le prévenu est assez rapidement identifié : c’est un prédateur qui initie des fillettes de 12 ans à la sexualité.
Circonstance aggravante pendant quatre mois, du 31 octobre 2023 au 21 février 2024, il a harcelé une victime par des appels malveillants. Celle-ci a reçu plus de 50 messages ignobles et reste aujourd’hui traumatisée par cet épisode.
« J’ai merdé complètement, les mineurs il faut les protéger »
À la barre, le prévenu admet : « J’ai merdé complètement, les mineurs il faut les protéger ». Aîné d’une fratrie de cinq frères et sœurs, il déclare : « Je ne voudrais pas que cela arrive à mes frères et sœurs. »
Enfant placé à l’âge de deux ans jusqu’à sa majorité, son enfance a été marquée par le harcèlement scolaire, le racket, une scolarité difficile due à son déficit, des parents violents, incapables de l’éduquer. Il a commencé à boire à 12 ans, à consommer du cannabis à 17 ans, et chaque week-end était synonyme de sorties en discothèque. Une mise sous tutelle avait été décidé et mise en place en 2018.
Compte tenu de la situation de tutelle du prévenu, pour être jugé, une expertise psychiatrique était nécessaire. Celle-ci a mis en évidence un vécu traumatisant durant l’enfance : placé de ses 2 ans à sa majorité, il ne maîtrise pas les codes sociaux. Une altération du discernement et un retard mental léger ont été notés.
Aujourd’hui, il est accompagné par le foyer d’hébergement « Les Apparts d’Espaly ». Il bénéficie d’une RQTH (Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé), ce qui lui permet de travailler dans un ESAT (Établissement de Service d’Accompagnement par le Travail). Il suit un accompagnement psychologique et une prise en charge psychiatrique, ainsi qu’un suivi en addictologie à l’hôpital Émile-Roux.
Des aveux après des mensonges
Mis en garde à vue en juin 2024, le prévenu a d’abord expliqué qu’une partie des conversations venait de lui, mais que celles sur Snapchat provenaient d’un piratage. Il a prétendu qu’aux États-Unis, son adresse mail et son compte Snapchat avaient été piratés par une Américaine, qui aurait envoyé les messages à sa place. Face à l’absurdité de ses propos, il a fini par reconnaître les faits.
A la barre il a déclaré ne pas avoir d’attirance pour les jeunes filles, ce qui ne semble pas avoir convaincu le tribunal qui l'a condamné à 12 mois de prison assortis d’un sursis probatoire renforcé, avec obligation de soins et de travail. Une interdiction numérique de 6 mois a été prononcée, ainsi qu’une inscription au FIJAIS (Fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes).