Suppressions de postes, fermetures de classes et mobilisation croissante : la carte scolaire 2026 cristallise les tensions dans l’Éducation nationale. Entre décisions budgétaires nationales et réalités locales, enseignants, parents et élus dénoncent des choix qu’ils jugent déconnectés du terrain et lourds de conséquences pour l’avenir des écoles.
Un retour des suppressions de postes dans le département
À l’origine, ces suppressions avaient été proposées par Élisabeth Borne, alors ministre de l’Éducation nationale, dans le cadre du budget 2025. Le Parti socialiste avait obtenu leur report, amenant la ministre à évoquer une « sanctuarisation » du budget de l’école, bien qu’il ne s’agisse que d’un décalage dans le temps.
Un an plus tard, le mot "report" prend tout son sens. Les suppressions de postes reviennent dans le débat et ont, cette fois-ci, été intégrées au budget 2026, sans nouvelle négociation politique.
En Haute-Loire, douze suppressions de postes et dix-sept fermetures de classes sont envisagées. Deux fermetures ont toutefois été annulées à Langeac et Taulhac par le directeur académique, Hervé Bariller. La carte scolaire 2026 a été rejetée par les syndicats lors du Comité social d’administration spécial départemental (CSA-SD) du lundi 30 mars et doit être réexaminée le 7 avril. D’ici là, des discussions sont prévues le 1er avril au sein du Conseil départemental de l’éducation nationale (CDEN).
Une mobilisation qui s’amplifie
Suppressions de postes, absence de revalorisation salariale et fermetures de classes nourrissent la colère dans l’Éducation nationale. Une semaine de grève a été engagée dans l’urgence avant le CSA et les vacances de Pâques.
Les syndicats dénoncent également l’absence de mesures pour les assistants d’éducation (AED) et les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) : « aucun recrutement, aucune augmentation de salaire, pas de statut ». Ils pointent aussi la mise en place des pôles d’accompagnement à la scolarité (PAS) pour les AESH, qu’ils estiment de nature à fragiliser davantage l’école inclusive.
De son côté, le ministère de l’Éducation nationale met en avant une hausse globale des moyens et la création de postes, notamment dans l’école inclusive. Il souligne une baisse démographique qui ne s’accompagne pas d’une réduction équivalente des postes, ce qui permettrait d’améliorer le taux d’encadrement des élèves : « le ministère fait le choix de ne pas supprimer de postes proportionnellement à cette baisse ». Deux lectures d’un même budget s’opposent ainsi, révélant des réalités contrastées selon les territoires.
Des réalités de terrain mises de côté
Sur le terrain, élus, parents et équipes éducatives dénoncent une logique comptable jugée déconnectée des besoins réels : enfants de moins de 3 ans non comptabilisés malgré la loi Montagne, spécificités sociales peu prises en compte ou encore efforts locaux pour maintenir l’attractivité des écoles mis à mal.
À Vals-près-le-Puy, le maire Philippe Joujon s’inquiète également d’une approche fondée principalement sur les chiffres, sans prise en compte des spécificités de l’école La Fontaine : « la seule école d’application du département ; la seule à disposer simultanément de deux dispositifs spécialisés en élémentaire (UEEA et ULIS) ; la seule à avoir accueilli cette année 13 élèves en ULIS, au-delà de la capacité habituelle ; une école avec une proportion significative d’élèves issus de situations sociales fragiles ». Une pétition en ligne a été lancée.
À Aurec-sur-Loire, la fermeture d’une classe de maternelle reste envisagée. « L’accueil des enfants, notamment les plus jeunes et ceux en situation de handicap, pourrait être compromis », alerte Cindy Giordanino, parent d’élève et membre de l’association des parents d'élèves des écoles publiques d'Aurec-sur-Loire, dont la classe de l'école maternelle est toujours menacée de fermeture. Une mobilisation sur place est prévue le jeudi 2 avril à 16h30, accompagnée également d’une pétition en ligne.
Une contestation généralisée
Depuis l’annonce de la carte scolaire le 23 mars, un rassemblement a eu lieu devant l'inspection académique le 26 mars. Des mobilisations se multiplient chaque jour dans les établissements concernés, chacun défendant ses élèves et son personnel, souvent avec le soutien des élus locaux.
Les syndicats contestent notamment l’argument de la baisse démographique. Selon eux, celle-ci pourrait au contraire permettre de réduire la taille des classes, souvent jugées trop élevées. Les classes françaises étant parmi les plus chargées d'Europe. Ils soulignent également que, par le passé, des suppressions de postes ont été maintenues malgré des hausses d’effectifs, interrogeant ainsi la cohérence de cette justification.
Un choix politique qui interroge
En 2025, Élisabeth Borne estimait que la suppression de ces 4 000 postes pouvait permettre d’économiser « 150 millions d’euros en année pleine ». Un argument qui peine à convaincre une partie de la communauté éducative, qui y voit un signal négatif envoyé à l’école publique et questionne les priorités budgétaires de l’État, avec un budget défense qui lui, a fortement augmenté.
Défense ou Armées ?
Le ministère chargé de la Défense est appelé Ministère des Armées depuis 2017, tandis que dans le budget de l’État, la mission budgétaire correspond à la mission « Défense ».
En effet, en termes de crédits de paiement (CP), c’est-à-dire les dépenses réellement payées sur l’année, la mission « Défense » progresse fortement (+6,5 milliards d’euros par rapport aux CP 2025) mais demeure derrière l’enseignement scolaire.
Contrairement à certaines affirmations donc, le budget des armées ne dépasse pas celui de l’éducation nationale en crédits de paiement, qui restent la mesure principale des dépenses annuelles de l’État.
En revanche, la Défense devient le premier budget en autorisations d’engagement, c’est-à-dire en dépenses futures engagées, notamment en raison des grands programmes d’armement.