Depuis les années 1960, l’art contemporain a entrepris de briser la frontière entre création et vie quotidienne. De la récupération poétique d’objets usuels aux œuvres immersives jouant avec lumière, reflet et espace, Hors Cadre propose au visiteur une expérience où le musée n’est plus un simple lieu d’exposition, mais un terrain de jeu sensoriel et intellectuel. Comme le rappelle la commissaire de l’exposition et co-directrice par intérim du Frac Auvergne Laure Forlay :
« Ici, le cadre devient l’espace du musée tout entier, là où se tient le spectateur et à l’intérieur duquel ce dernier se trouve immergé pour vivre une autre relation avec l’œuvre d’art. »
Étienne Bossut, Grand Laocoon : design figé, mythe et détournement sculptural
Photo par Nadia Meyer
Quand l’art moderne se veut objecteur de consciences
Depuis plus de soixante ans, certains artistes cherchent à bousculer notre perception de la réalité. Daniel Spoerri, figure historique du Nouveau Réalisme, illustre parfaitement cette démarche. Ses célèbres "tableaux-pièges" transforment les restes d’un repas en œuvres, passant de l’horizontale à la verticale pour inviter le spectateur à interroger sa relation au quotidien et à la mémoire. Comme le note l’artiste :
« On veut recycler de manière poétique la réalité urbaine, industrielle et publicitaire », Daniel Spoerri, artiste
Daniel Spoerri, Lépreux d'Islande : bas-relief lèpre, entre explorations et colonialisme
Photo par Nadia Meyer
Le Nouveau Réalisme, en référence au mouvement littéraire du 19e siècle, a réuni des artistes qui ont voulu s'opposer à l'omniprésence de l'art abstrait et revenir à une réalité très concrète.
« Et donc, nouveau réalisme, pourquoi ? Parce qu'il s'agissait pour eux de parler de la réalité. La réalité, c'est la société de consommation », note Laure Forlay
Abdelkader Benchamma, par ses dessins explosifs, nous plonge dans l’origine des choses, de la matière et du temps, convoquant autant l’univers que l’expérience humaine. Ici, l’art n’est pas un objet à contempler à distance :
« Cette explosion, dont la puissance se révèle dans l’éclat du blanc et l’énergie du trait, est autant un commencement qu’une fin apocalyptique », souligne la co-directrice du Frac Auvergne
Abdelkader Benchamma, Random : explosion originelle, genèse et fin du monde
Photo par Nadia Meyer
Le FRAC en chef d’orchestre
Le Fonds Régional d’Art Contemporain Auvergne joue le rôle de médiateur entre artistes et public. Il possède à ce jour près de 1000 œuvres acquises auprès d’artistes de renommée nationale et internationale.
Créés aux début des années 80, les Fracs sont des organismes présents dans chaque ancienne région. Ils ont pour mission de :
- constituer une collection (budget d’acquisition public),
- diffuser la collection sur le territoire,
- sensibiliser à l’art contemporain.
Roland Cognet, Sans titre : tronc corseté d’airain, mort figée et sarcophage sculptural
Photo par Nadia Meyer
À la question de la définition de l’art contemporain, la commissaire répond tout simplement : « Pour moi, l’art contemporain, c’est l’art des cinquante dernières années ».
Environ vingt à trente œuvres sont acquises par an. Les artistes sont sélectionnés par un Comité technique d’acquisition, composé de professionnels de l’art, puis validés par le conseil d’administration.
« La différence avec un musée, c'est qu'on est toujours sur un principe d'exposition temporaire. Et ensuite, on est beaucoup plus mobile sur le territoire que peut l'être un musée », explique Laure Forlay
Le musée pour faire le pont
Au musée Crozatier, le cadre habituel cède la place à une expérience totale où les œuvres du Frac Auvergne dialoguent avec les collections du musée. Le musée devient un pont entre les époques et les disciplines, entre l’art et le quotidien. Comme le résume l’exposition :
« Les œuvres sont présentées à même le sol, sans aucun socle ni aucun cadre pour les structurer, dialoguant dans une relation fluide avec les espaces du musée. »
Aurélie Pétrel, Académiques : (dé)voile ce qui est rarement montré des musées
Photo par Nadia Meyer
En déployant les œuvres dans les salles permanentes, Hors Cadre rappelle que la vie elle-même peut être un matériau artistique, et que chaque geste, chaque objet, chaque souvenir peut nourrir l’imaginaire. Hors Cadre n’est pas seulement une exposition : c’est une invitation à regarder autour de soi, à voir le monde comme un espace où l’art et le quotidien se confondent, se rencontrent et se répondent.
En pratique
Exposition en coproduction avec le Frac Auvergne
Du 6 décembre 2025 au 7 juin 2026
Espace : parcours permanent du musée
Horaires du musée Crozatier : 10 h - 12 h 30 et 14 h - 18 h
Jours d'ouverture :
- jusqu'au 3 avril : les mercredis, samedis et dimanches
- vacances de printemps (zone A) : tous les jours
- du 10 avril au 7 juin : tous les jours sauf les mardis et le 1er mai
Visites guidées de l'expo Hors Cadre et du musée les 8 et 22 mars à 14h30. Entrée du musée + 3 € (gratuit pour les -18 ans). Inscription obligatoire. Durée : 1 h.
Plus d’infos : https://www.musee.patrimoine.lepuyenvelay.fr/hors-cadre/