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L'Art dans la Ville revient une fois de plus à Issoire pour la saison estivale. De nouvelles créations taille XXL sont apparues dernièrement, en ce mois de juin 2026, dans la Cité de Saint-Austremoine. Cyrille André, leur créateur, nous raconte sa démarche artistique. Qu'est-ce que ces géants de bois, de bronze et autres métaux ont-ils à nous dire ?
Chaque année, le regard des passants se tourne vers les nouvelles œuvres bien souvent gargantuesques de l'exposition à ciel ouvert « L'Art dans la Ville », à Issoire.
Et s'il est vrai qu'au fil des semaines, elles finissent par se fondre dans le paysage, un peu comme si elles avaient toujours été là, cette année, ces géants, humains et/ou animaux, de bois et de métal dégagent une force d'attraction assez particulière.
Elles attirent l'attention, il est difficile d'en détourner le regard, et les mains, elles, ont envie de palper ces matières qui ont ce don de tromper l'oeil. Mais au delà de la matière, ces oeuvres font travailler l'esprit, portant toutes une histoire, une légende, un mythe, quelque chose de plus subtil, de presque fascinant. Et qui de mieux pour en parler que l'artiste lui-même ?
Cyrille André est sculpteur à Marseille. Originaire de Lyon, il est diplômé des beaux arts de Grenoble. « Je suis arrivé à l'école d'art avec la peinture et le dessin, et très vite je me suis mis à la sculpture et cela ne m'a jamais quitté. »
Il poursuit : « J'ai expérimenté les différents matériaux à l'école d'art, et très vite j'ai eu envie de travailler en grand format, pour en quelque sorte, disparaître dans la matière. Et comme je suis plutôt grand de taille, il fallait que je fasse les choses en grand ».
Cet amoureux de la nature s'est rapidement tourné vers le bois, matière vivante, dont l'aspect lui rappelait la fibre musculaire du corps humain.
« Je n'avais pas de technique pour le bois, je n'étais pas formé à ça. Je me suis fait livrer le bois par la Ville de Grenoble, qui était partenaire de l'école. J'ai acheté une tronçonneuse au marché aux puces et je me suis lancé. Et j'ai continué, continué, continué... »
Puis d'autres matériaux sont arrivés, comme le bronze, l'aluminium, ou encore de la résine et de la fibre de verre. Et ceci pour différentes raisons et contraintes logistiques : taille, souhait du rendu final, et durée de vie de l'œuvre. Le bois était un matériau moins durable que les métaux.
« Par exemple les deux bâtisseurs de cathédrale devant l'abbatiale, c'est deux fois le même personnage, un sculpté en bois, et le second moulé en bronze à partir du bois, donc on a le rendu de la matière bois mais avec un matériau qui dure ad vitam aeternam » même histoire avec « Passeur d'âmes » place du Postillon. Devant la médiathèque en revanche, le « Wall runner », observable en hauteur, est lui en aluminium.
L'artiste propose à travers cette exposition d'explorer son univers inspiré de la nature, mais également des légendes, de la mythologie, du symbolisme.
Et au coeur de tout ceci, l'humain, son rapport au monde, à la nature qui l'entoure, et surtout à lui même, à travers son travail d'évolution et ses luttes intérieures, sa quête de liberté, sa force instinctive, animale, et sa vulnérabilité.
On peut décrypter et ressentir ainsi ses œuvres sur différents plans de conscience. Les bâtisseurs devant l'abbatiale sont toutes ces personnes qui ont travaillé la matière, sculpté, monté ces édifices époustouflants. « On parle beaucoup des monuments mais peu des bâtisseurs, c'est une manière de leur rendre hommage » explique l'artiste.
Mais cette roche dans les bras, elle peut représenter également, comme nous l'indique Cyrille, le bagage - générationnel notamment - que chaque personne porte et avec lequel elle essaye d'avancer, de cheminer, malgré la lourdeur parfois de ces conditionnements du passé.
Une interprétation de la punition de Sisyphe selon l'artiste, qui s'est également inspiré de Rodin, visualisant que la roche serrée entre les bras pouvait être le corps d'une femme.
L'artiste a également travaillé sur la notion de vie et de mort, et particulièrement le passage entre ces deux états. Deux œuvres témoignent particulièrement de ce travail, à Issoire. Place du Postillon, « Passeur d'âmes » illustre un enfant sur le dos d'un félin, une création inspirée de la nouvelle d'Ágota Kristóf « Le Canal ». Dans cette histoire, « l'enfant et le puma récupéraient les âmes dans le canal et les purifiaient avant de les libérer à nouveau dans le canal. »
On peut également retrouver cette approche du rôle de psychopompe (passeur d'âmes), place de la montagne avec « Corvus Corax » (nom latin des grands corbeaux). Un homme, accompagné d'un chien - le chien ayant un rôle symbolique de passeur - et portant sur ses épaules trois corbeaux.
Si cet oiseau noir n'a pas toujours très bonne presse, il est assimilé dans de nombreuses cultures et dans la totémie animale comme un puissant messager, un guide de transformation intérieure, pour accompagner les transitions, les nouveaux cycles.
Une expo aussi grande en taille que profonde et forte en esprit, de quoi faire cheminer les Issoiriens...
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