"Pour les pèlerins, je donne corps et âme" : Christian, repreneur du gîte de Rochegude

Par BRh , Mise à jour le 15/10/2026 à 17:00

Temps de lecture : 4 minutes

Ancien aide-soignant et pèlerin au long cours, Christian a tout quitté pour reprendre en gérance le gîte de Rochegude, sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Rencontre avec un homme guidé par la bienveillance et la foi.

Il suffit de quelques secondes face à Christian pour ressentir sa bienveillance. La voix posée, teintée d'un léger accent camarguais, les yeux plein d'émotions. « Moi, je suis dans l'être, pas dans le paraître », confie-t-il.

Depuis le début du mois de septembre, il veille sur le gîte de Rochegude, perché sur son piton rocheux. Une étape emblématique où les marcheurs du GR 65 trouvent désormais bien plus qu'un simple lit : un véritable havre de réconfort et de reconnexion.

Vue sur la chapelle de Rochegude depuis le gîte.
Vue sur la chapelle de Rochegude depuis le gîte. Photo par BR

« J'ai tout quitté avec l'espoir de trouver ma place »

Rien ne destinait pourtant ce Sudiste à s'installer sur les hauteurs de la Haute-Loire. Mais sur le chemin de Saint-Jacques, les détails ne doivent jamais rien au hasard. « J'ai quitté la Corse, j'ai quitté mon travail, mon logement, j'ai tout quitté. Je suis venu sur le chemin pour la quatrième fois avec l'espoir de trouver un gîte à prendre en gérance », raconte Christian.

Le destin tranche le 8 septembre, jour de son anniversaire. Alors qu'il s'arrête à Saugues pour boire une bière, il aperçoit une dame affolée à la recherche de son chien. « Je suis allé vers elle pour l'aider. En une demi-heure, on a retrouvé l'animal. »

La dame en question n'est autre que la compagne de Franck, le propriétaire du gîte de Rochegude qui cherchait précisément à passer la main. En quelques heures, l'affaire est scellée. « Mon rêve s'est réalisé le jour de mon anniversaire ! »

La leçon de courage d'une jeune pèlerine

Si Christian accueille chaque marcheur avec une telle sensibilité, c'est qu'il écoute, et qu'il échange. Lorsqu'on lui demande s'il n'est pas trop difficile de voir partir ces inconnus avec lesquels des liens si intenses se créent en quelques heures, les larmes lui montent aux yeux. Il repense alors à l'une de ses rencontres les plus marquantes.

«J'en parle et ça me bouleverse»

« Dernièrement, j'ai eu une demoiselle incroyable… J'en parle et ça me bouleverse. Elle marche avec un exosquelette. Après une grave chute à cheval qui aurait pu la rendre tétraplégique, elle fait preuve d'une force inouïe. Elle avance sur le chemin aux côtés de son papa, qui s'appelle Jacques, ce n'est pas un hasard non plus. »

Entre Christian et cette jeune femme, la résonance a été immédiate et profonde, portée par un passé médical miroir. Opéré d'une double hernie discale en l'an 2000, Christian avait lui aussi entendu les médecins lui prédire le fauteuil roulant. « Je n'en voulais pas. Alors j'ai fait une prière à la Vierge Marie : 'Si tu me donnes mes jambes, je ferai Compostelle en février au moment le plus dur'. Elle me les a redonnées, j'ai réappris à marcher pendant quatre ans, et en 2004, j'ai fait mon premier chemin.»

La vierge ramenée de Lourdes en offrande.
La vierge ramenée de Lourdes en offrande. Photo par BR

« Elle m'a écrit ce matin pour me dire que je lui avais donné beaucoup de force, que c'était une magnifique rencontre qui lui donnait de la gnaque… », souffle-t-il, ému d'avoir déjà invité le duo à revenir partager un repas à Rochegude une fois leur périple achevé.

« Donner corps et âme » toute l'année

Aide-soignant pendant seize ans, mais aussi magnétiseur, Christian met aujourd'hui son expérience au service de tous ceux qui franchissent son seuil. 

« Pour les pèlerins, moi je donne corps et âme. Les gens viennent chercher quelque chose ou se dépouiller de quelque chose. Ma mission de vie, elle est là. »

Christian a fait le choix de garder le gîte ouvert toute l'année, prêt à accueillir « les vaillants qui marchent en hiver ». Dans la grande salle, il mijotera des plats simples et réconfortants, comme le traditionnel navarin d'agneau de la race noire du Velay,  dans de vieilles gamelles en fonte sur une cuisinière à bois. « Il y aura la chaleur du poêle et la chaleur de ce qu'on partage. »

La cuisine du gîte, simple et chaleureuse.
La cuisine du gîte, simple et chaleureuse. Photo par BR

Avec ses 15 couchages, son projet d'épicerie de dépannage pour le village et sa bienveillance communicative, Christian ravive l'esprit le plus pur du pèlerinage : l'accueil inconditionnel, l'entraide et le partage humain.

 

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