Européennes : Qu'est ce qui fait se déplacer les électeurs ponots ?

Par JPo , Mise à jour le 10/06/2024 à 06:00

Les électeurs ponots étaient invités à se rendre dans les bureaux de vote ce dimanche 9 juin afin de renouveler l'ensemble du corps législatif français au parlement européen de Strasbourg. Quel est l'enjeu de ces élections pour eux? Quelles sont leurs attentes et leur craintes? Quel regard portent-ils sur le débat politique européen?

Rencontre avec des électeurs ponots devant les deux bureaux de vote du centre Roger Fourneyron. 

Il est un peu plus de quatorze heures devant le centre Roger Fourneyron au Puy. Le soleil tente une timide percée. Les scrutateurs des deux bureaux de vote installés dans le centre associatif du boulevard de la République vérifient les pièces d'identité et tamponnent les cartes d'électeurs. L'ensemble des isoloirs est occupé. Tous les rideaux tirés. On ignore encore s'il s'agit d'un signe d'une participation en hausse ou s'il s'agit simplement de l'effet du hasard. Les électeurs sont là, en tout cas, en ce début d'après-midi. L'occasion idéale d'en approcher quelques-uns pour connaître leurs motivations d'électeurs et leur vison de l'Europe. 

Je viens voter parce-que je suis en colère

Christophe à la petite quarantaine. Quelques tatouages sur les bras et l'air décidé. Le genre qui sait ce qu'il veut et surtout ce qu'il ne veut pas. Aide-soignant au Centre-Hospitalier Sainte-Marie, il vient voter pour accomplir son "devoir citoyen comme tout le monde devrait le faire" et parce que " lorsqu'on te demande ton avis, il faut le donner". Il a conscience qu'il faut différencier le scrutin européen des scrutins nationaux, que le vote sanction, c'est pour les élections nationales, mais avoue tout de même se servir de son bulletin pour soulager une certaine colère.

Ce qui lui reste dans la gorge, en tant que personnel de santé, c'est " la fermeture des lits dans les hôpitaux publics et tout spécialement en psychiatrie ". Il témoigne : " De plus en plus de malades et de personnes âgées sont délaissés du fait d'un manque de moyens inédit dans les hôpitaux publics et le personnel traverse une réelle souffrance au quotidien". Mais ce n'est pas tout. Ce qui révolte également ce fils de paysans altiligériens "c'est la manière dont sont traités les agriculteurs dont le système se fout totalement".

 Car l'Europe pour lui, c'est encore avant tout un système un peu froid, éloigné du quotidien des gens  " une grosse machine, pleine de fonctionnaires grassement payés " alors que lui " travaille comme un dingue pour rembourser son prêt immobilier". 

Il dénonce le manque de pédagogie des politiques et des institutions pour tenter de rendre " l'Europe plus accessible et plus compréhensible" , avoue ne pas savoir vraiment " à quoi ça sert concrètement " mais regrette tout de même " qu'elle ne se résume pour l'instant qu'à imposer des politiques d'austérité au détriment des services publics de ses états membres et du bien être des européens". 

Nous venons voter parce que l'Europe est notre maison commune et qu'elle nous protège 

Raymond et Gabrielle sont retraités, respectivement du privé et de la fonction - publique. Des citoyens irréprochables, qui avouent fièrement n'avoir manqué aucun scrutin durant leur longue vie d'électeurs.  L' Europe, ils y croient. Dur comme fer. Une longue histoire d'amitié entre des peuples, une culture et des valeurs communes, mais surtout " un  bouclier protecteur pour les français à l'heure du retour des grandes pandémies, des instabilités géopolitiques aux extrémités du continent et des risques de guerre qui n'ont jamais été aussi importants depuis 80 ans". 

Ils revendiquent leur double citoyenneté, française et européenne et le fait d'avoir déposé leurs bulletins dans l'urne pour " avancer en matière de défense commune", tout en regrettant "la pauvreté des débats d'une campagne électorale lors de laquelle les vrais enjeux européens ont été oubliés au profit d'effets de buzz ou bien d'enjeux franco-français qui manquent d'ambitions". 

Face à la guerre qui a fait son retour sur le continent, au dérèglement climatique et à la mise en place de politiques d'austérité un peu partout, il est plus urgent que jamais de voter 

C'est l'avis de Sylvie, une travailleuse sociale, pour qui ces élections européennes 2024 sont sans doute " les élections les plus importantes des vingt dernières années : les enjeux à relever sont tellement énormes, qu'un petit pays comme la France, n'est pas capable de les relever à lui tout seul. L'Europe doit investir dans sa défense commune pour être un continent dissuasif face aux menaces de la Russie. On ne peut pas toujours compter sur la dissuasion américaine, d'autant que la réélection de Trump à la fin de l'année n'est pas une hypothèse à évacuer ".

Elle poursuit : " En matière économique, il faut également être beaucoup plus ambitieux. Il faut en finir avec cette politique d 'austérité qui prive les états membres de leurs marges de manoeuvre sociales sans les resitituer à l'échelon de l'Europe. Si ça continue comme ça, on va droit dans le mur. L'Europe ne doit pas être une qu'une simple machine à appauvrir les gens".

Mais ce qui aura surtout motivé le vote de Sylvie, c'est " l'enjeu climatique". La jeune femme regrette particulièrement que " les mobilisations agricoles de cet hiver ont été le prétexte pour enterrer la possibilité d'une Europe plus écologique et détricoter ce qui était une vraie avancée européenne : le pacte vert". 

Nous sommes plus européens que français, nous sommes pour l'ouverture et l'intelligence, notre vote est politique : dire non à l'extrême-droite

Barbara et Fred ont la cinquantaine. Chargée de communication et prof d'arts appliqués, ils mettent en avant une position idéologique et politique lorsqu'il s'agit d'expliquer la raison pour laquelle ils ont tenu à se déplacer ce dimanche : " Nous sommes pour l'ouverture des frontières et des consciences, pour la solidarité et l'intelligence des coeurs et des âmes. Aujourd'hui l'extrême droite risque d'être en tête dans une majorité de pays en Europe et de mettre en place une coalition  de blocage. Ne pas se déplacer face à un tel danger, ça relève juste de l'inconscience. On a des enfants, on n'a pas envie qu'ils grandissent dans une Europe fermée et rétrograde". 

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