Tirs de défense contre le loup : une nouvelle procédure pour les éleveurs
Ce lundi 18 mai, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire se sont réunis à Cussac-sur-Loire au Gaec des Cabarets pour faire un point sur la situation du monde agricole. Entre baisse des prix, hausse des charges, multiplication des normes et prédation du loup, les exploitants dénoncent un quotidien devenu difficile à gérer et qui met en péril l'avenir de la profession.
C'est au Gaec des Cabarets, chez Olivier et Christian Bernard, que des représentants agricoles de Haute-Loire ont exprimé leurs inquiétudes face aux nombreuses difficultés qui touchent leur profession et partagent un sentiment d'incompréhension et d'abandon.
« Il y a un moment où l'administration manque de bon sens. On oublie que les personnes qu'on appelle les agriculteurs, ce sont des hommes et des femmes qui bossent tous les jours et le travail est bien fait. » Céline Julien, agricultrice au Bouchet-Saint-Nicolas
Après une année 2025 jugée correcte, le début de l’année 2026 inquiète fortement les exploitants agricoles. « On diminue les produits de 10 à 20 % et on augmente les charges à peu près de la même chose, donc la rentabilité qui n'était pas trop mauvaise en 2025 devient juste mauvaise en 2026 », résume Julien Duplomb, président des Jeunes Agriculteurs.
Les tensions internationales, notamment au Moyen-Orient, provoquent déjà une hausse du prix du carburant, mais d'autres augmentations devraient prochainement peser sur les exploitations, comme l'explique Julien Duplomb « des augmentations sur les engrais ne vont pas tarder à se faire ressentir et entraînent aussi une augmentation indirecte de tout ce qui est livraison, fabrication de tous les aliments que l'on peut acheter ».
Face à cette situation, les représentants agricoles demandent une réouverture des négociations commerciales afin que les producteurs puissent répercuter ces hausses de coûts sur les prix de vente.
Pour les membres de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs, ces difficultés économiques menacent directement l’avenir de la profession et le renouvellement des générations. « C'est ça qui fera envie aux jeunes de s'installer et pas une administration qui tape dessus sans arrêt », confie Céline Julien.
En Haute-Loire, entre 150 et 200 agriculteurs partent chaque année à la retraite, alors que seules 80 à 90 installations seraient aujourd’hui considérées comme pérennes.
Une zone de protection forte est un espace naturel où la protection de la biodiversité est prioritaire et où les activités humaines sont fortement encadrées afin de limiter leurs impacts sur les milieux naturels. Cela peut concerner des restrictions sur des aménagements, l’exploitation des ressources ainsi que certaines activités agricoles ou touristiques.
Les représentants agricoles dénoncent aussi des mesures environnementales « incohérentes » qui accablent la profession, notamment les projets de zones de protection forte. « L'État et l'administration écologique propose de classer 10 % du territoire français en zone de protection forte », explique Nicolas Merle, président à la FDSEA. Selon lui, ces dispositifs pourraient limiter l’activité agricole dans certaines vallées et accélérer l’abandon des terres.
« Ce qui veut dire que dans tous ces territoires-là, on ne va plus avoir d'agriculture, on ne va plus avoir de randonnée. » Nicolas Merle.
L’accumulation des normes et des démarches administratives reste l’un des principaux motifs de colère des exploitants : déclarations PAC, contraintes environnementales ou encore réglementation sur les haies sont régulièrement dénoncées et considérées comme déconnectées du terrain.
« Je pense que personne n'a envie d'avoir des buissons partout, si on n'est pas là pour entretenir le paysage. » Céline Julien.
Les agriculteurs estiment que certaines règles relèvent de « la surtransposition française et de l’incohérence que l’on dénonce depuis des années. Il faut arrêter d’embêter les agriculteurs. Aujourd’hui, ils savent ce qu’ils ont à faire », souligne Nicolas Merle.
La prédation du loup a aussi été largement évoquée, quelques jours après une attaque survenue dans la nuit du 5 au 6 mai, à Ribains sur la commune de Landos.
Olivier Bernard et Christian Bernard, éleveurs de 750 brebis Noires du Velay, doivent multiplier les moyens de protection et d'information : chiens patous, clôtures et panneaux explicatifs pour les randonneurs, cette cohabitation est quelquefois difficile à gérer au quotidien. « On ne peut pas être au bord de la route toute la journée pour surveiller les gens », explique Olivier Bernard. Les éleveurs réclament des dispositifs de protection plus efficaces et des mesures concrètes pour sécuriser leurs troupeaux.
À travers leurs revendications, les agriculteurs disent ne pas vouloir supprimer toutes les règles. Beaucoup ont fondé des espoirs sur la future loi d’urgence agricole, élaborée avec des propositions portées par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs. Mais selon les représentants syndicaux, les débats parlementaires et les amendements déposés en commission auraient progressivement éloigné le texte des attentes « On s'aperçoit que plus on essaie de travailler, plus ça va en sens inverse », souligne Nicolas Merle.
Face à ce constat, les représentants d'agriculteurs demandent des négociations commerciales pour « être payés au juste prix », des dispositifs efficaces pour protéger leurs troupeaux et des simplifications des démarches administratives.
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