Nouvelle expo à la Maison Mandrin de Brioude en juillet-août
Installé à Rosières, ce passionné redonne ses lettres de noblesse au passé viticole de la Haute-Loire. Entre diversité des cépages, terroirs basaltiques et une récente médaille d'argent au Concours des Vins Rebelles, rencontre avec Vincent Vidil un artisan de la terre qui cultive l'avenir de la vigne en Velay.
Natif du Puy-en-Velay et ayant grandi à La Chaise-Dieu, rien ne destinait ce trentenaire à replanter des vignes sur les hauteurs de Rosières. Et pourtant, l’appel du pays a été le plus fort. « J’ai toujours voulu rester dans le département. À l’époque, c’était une décision incompréhensible pour beaucoup, qui ne rêvaient que de grandes villes », confie-t-il dans un sourire.
Après un bac STG CFE, il choisit de quitter le système scolaire classique pour se tourner vers l’action et le concret : l’apprentissage au CFA de Bains, dans le secteur de la restauration. Ce premier pas lui ouvre les portes d’un BTSA Technico-Commercial en Vins et Spiritueux. C'est le déclic.
« Ma passion est née progressivement. D'abord grâce à mon grand-père... »
"Ma passion est née progressivement. D'abord grâce à mon grand-père un inconditionnel de la Bourgogne et de l’appellation Aloxe-Corton, qui m’a initié. Puis, la restauration m’a permis de goûter de nombreux flacons. Enfin, en BTSA, j’ai eu la chance d’avoir des professeurs passionnés qui nous ont emmenés bien au-delà du programme scolaire. La passion du vin a alors rejoint celle de la vigne."
L'idée de faire renaître une production locale germe lorsqu'il plonge dans l'histoire viticole de la Haute-Loire. Au départ, le projet est modeste : une parcelle confidentielle pour le plaisir. Mais l'opportunité d'acheter sa maison à Rosières change la donne. Le secteur bénéficie d'un ensoleillement exceptionnel et, surtout, d'une richesse géologique rare.
« De par son passé volcanique, la Haute-Loire offre une palette de terroirs incroyables », s'enthousiasme Vincent. « Dans un périmètre très réduit, j'ai la chance d'avoir des sols extrêmement variés, allant de l'argile basaltique aux sables granitiques. »
Planter en Haute-Loire, un pari fou ? Pas si on en croit l'analyse du terrain. Contrairement aux idées reçues, le climat local possède de sérieux atouts face au réchauffement climatique. Tout d'abord des nuits fraîches et une pluviométrie correcte, ensuite un démarrage tardif du cycle végétatif de la vigne grâce aux hivers froids, ce qui la protège naturellement des gels tardifs du printemps. Le seul vrai risque : les violents orages estivaux, un fléau qui touche malheureusement toutes les régions viticoles aujourd'hui.
Le travail et l'audace finissent toujours par payer. Poussé par un ami, Vincent Vidil a présenté sa cuvée « Voodoo Mon Amour » au très sélect Concours des Vins Rebelles, un événement dédié aux cépages hybrides (résistants au phylloxéra et aux maladies de la vigne). Élaborée à partir du cépage Léon Millot, sa cuvée a décroché une superbe deuxième place.
« Je ne m'y attendais pas, ce fut une magnifique surprise. Après toutes ces années de labeur, c'est extrêmement gratifiant de voir son travail récompensé. Cela donne une énergie folle pour poursuivre malgré les difficultés. »
Sur son exploitation de 2,6 hectares, la diversité est le maître-mot. On y croise une mosaïque de cépages : Gamaret, Poulsard, Mondeuse Noire, Pinot Gris et Pinot Blanc.
Cette variété lui permet d'étaler les vendanges, d'observer le comportement de chaque plant face au climat actuel, et d'imaginer des assemblages uniques pour des vins de plaisir et de partage avec un potentiel de garde de quatre à cinq ans.
Aujourd'hui, mener de front un domaine viticole et un emploi à plein temps dans la restauration est un véritable marathon. À court terme, l'objectif est de passer à mi-temps dans la restauration pour souffler et se consacrer davantage à ses terres.
L'avenir s'annonce d'ailleurs verdoyant avec le projet d'implanter trois nouvelles parcelles : deux à Rosières et une sur le terroir de Peyredeyre (Chaspinhac). L'objectif ultime à long terme ? « Pouvoir vivre totalement de mon activité. C'est évidemment mon rêve le plus cher. »
Bien que seul aux commandes au quotidien, il peut compter sur de l'aide pour les vendanges et, surtout, sur la solidarité locale. « Un réseau de vignerons est en train de se structurer en Haute-Loire. On partage notre expérience, on fait des salons ensemble, on se soutient. C’est capital de ne pas rester isolé, surtout dans la période difficile que traverse la viticulture en ce moment. »
Les cuvées du domaine gagnent du terrain et séduisent les professionnels de la région. Vous pouvez retrouver ses vins chez les cavistes de la Haute-Loire et des départements limitrophes, et parfois sur les bonnes tables locales.