Deux territoires de Haute-Loire retenus pour accélérer l’électrification
Déviée sur 17,5 km pour produire de l'énergie, la Loire voit ses débits s'effondrer et sa biodiversité étouffer sous des chaleurs record. Alors que la concession d'EDF touche à sa fin, élus et défenseurs de l'environnement exigent un nouveau partage de l'eau pour sauver le fleuve.
Vous l'aimez la Loire, ses baignades et ses petits poissons ? Et bien sachez qu'elle souffre.
Le principe de Montpezat, c'est le détournement d'eau. Depuis les 3 retenues du haut bassin de la Loire, les barrages de Lapalisse et du Gage et le lac d'Issarlès, l'eau de Haute-Loire est captée, puis envoyée dans une galerie souterraine de 17,5 km sous Montpezat. Au bout du tunnel : une chute vertigineuse de 635 m vers la Fontaulière, en Ardèche.
Sa mission ? Produire de l'électricité et assurer ce qu'on appelle le "Black Start". Un ingénieux procédé capable de redémarrer le réseau électrique à 0 pour garantir la sécurité de la centrale nucléaire de Cruas en cas de panne.
Mais pour la Loire et ses petits habitants, la facture écologique est salée.
Avec ses débits réservés au minimum et son transit de sédiments bloqué, la Loire souffre directement de cette déviation.
Ce modèle, il date de 1949 et touche à sa fin après une concession de 75 ans qui s'achèvera le 31 décembre 2028.
Si la machine est à l'arrêt aux beaux jours en raison de la période d'étiage (période à laquelle l'eau est à son niveau le plus bas) et de la fréquentation touristique des lacs, l'usine carbure à plein régime l'hiver pour fournir de l'énergie.
En théorie, du 15 juin au 15 septembre, l'ouvrage doit assurer un soutien à cet étiage afin de garantir un débit minimum d'1m3/seconde au niveau du Pont de la Borie. Sauf que la réalité du terrain et le réchauffement climatique changent la donne.
Avant 2015, les volumes d'eau lâchés étaient quasi nuls pour maintenir ce débit de crise. Mais ces dernières années, ils ont explosé, grimpant jusqu'à plus de 3 millions de m3 lors des étés les plus secs.
Pire encore, avec les automnes de plus en plus chauds, la période de sécheresse se prolonge désormais bien au-delà du 15 septembre. Et résultat : les besoins côté Loire ne cessent d'augmenter, provoquant des assèchements et des interdictions de baignades.
La situation devient intenable pour notre fleuve, et les membres de la Commission Locale de l'Eau du SAGE Loire amont tapent du poing sur la table pour réclamer une révision du partage d'eau. Une solution qu'ils espèrent voir légiférée d'ici la prochaine concession du 1er janvier 2029.
Face au thermomètre qui s'affole et aux sécheresses de plus en plus rudes et longues, le président de la commission, Philippe Cathonet, a une solution. "Tout le monde sait ce qu'il faut faire, souffle-t-il. Aujourd'hui, l'eau manque dangereusement, au Pont de la Borie, le débit affiche -80 % par rapport à ce que devrait être son niveau naturel."
Alors pour sauver la Loire en aval, la station d'épuration de Chadrac et la biodiversité qui suffoque sous des eaux à 25 °C (la température létale pour les salmonidés étant de 23 °C), la commission demande à l'Etat d'adopter une mesure simple : décaler la fin de la période de soutien d'étiage du 15 septembre au 15 octobre en débloquant 1 million de m3 d'eau supplémentaire.
Pour EDF, cela représenterait une perte de production électrique de 0,5 %. "Il n'y a pas de guerre entre l'Ardèche et la Haute-Loire, nous avons tous besoin d'eau, conclut Philippe Cathonet. Il faut seulement donner la priorité à l'environnement sur le kilowattheure."
Une solution qui apparaît plutôt logique quand on sait ce million de m3 d'eau mis dans la Loire en amont pourrait être turbinée par EDF en aval, et que, de moins en moins, nous avons besoin de chauffer, et donc d'électricité, du 15 septembre au 15 octobre.
C'est donc à l'Etat de trancher, et s'il adopte l'allongement de la période de soutien d'étiage, EDF devra s'y plier.
Vos commentaires
Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire