Pour ce mois d’Octobre rose, plutôt que de longs discours institutionnels, Zoomdici a voulu donner la parole directement à celles qui traversent la maladie. Sandrine, Gisèle et Mathilde* racontent ce que c’est, réellement, que de voir sa vie basculer le jour fatidique du diagnostic.
Le diagnostic, l'hôpital
S'il y a bien quelque chose que ces femmes ont en commun, c'est une certitude : le cancer ne prévient pas. Qu'elles l'apprennent au détour d'une mammographie de routine ou d'une urgence médicale, il y a un avant et un après cancer.
« Au début, on ne réalise pas, confie Sandrine, confrontée à une forme agressive diagnostiquée en avril 2025. Le diagnostic balaye tout : on mange cancer, on vit cancer. Il y a des rendez-vous tout le temps et il n'y a guère plus que ça. »
Pour Mathilde, 53 ans, le dépistage gratuit était pourtant une simple formalité : « J'y suis allée parce que je suis bonne élève, sans aucune appréhension. Il n'y a pas de cas dans ma famille et mon style de vie est très sain. »
Mais, face aux examens qui s'enchaînent, la réalité la rattrape brutalement.
« C'est le traitement qui rend malade »
Si le cancer avance masqué, ce sont souvent les chimiothérapies, les rayons et les hormonothérapies qui terrassent les corps.
« Pendant la cure d’attaque, c’est de grosses nausées, on est terrassée par une fatigue, c'est même un combat de se lever pour aller aux toilettes, explique Sandrine. Sur l'instant, le temps semble s'étirer. Pendant la chimiothérapie, on se dit qu’on va passer la vie comme ça. »
C'est d'ailleurs durant cette éprouvante chimiothérapie que Mathilde a enfin réalisé être malade : « Ce qui est curieux, c'est que je ne me suis jamais sentie mal, c'est le traitement qui rend malade, c'était encore abstrait pour moi de me dire que j'ai un cancer du sein. »
Pour Gisèle, opérée et soumise à de lourds traitements, la douleur physique s'accompagne aussi, et surtout, de la peur de la fin : « Atteinte d'un cancer du sein et du poumon diagnostiqués en 2020, je n'ai jamais arrêté la chimio depuis 6 ans, raconte-t-elle. Là, on essaye les rayons parce que mon cancer est inopérable et incurable. C'est juste pour me maintenir en vie. C'est la peur de mourir qui est dure à vivre. Le cancer, c'est une épée de Damoclès au-dessus de la tête, et la chimio, c'est s'épuiser tous les jours à faire un pas de côté. »
La perte d'identité
Malheureusement, le cancer est un poison vicieux qui ne s'attaque pas qu'au corps : il détruit le travail, la vie sociale et l'image de soi.
Gisèle a vu sa vie basculer lorsqu'elle a été déclarée inapte : « La médecine m'a marquée inapte, j'ai tellement pleuré, "Mais qu'est-ce que j'ai fait de mal pour perdre mon travail ?" On est victime de la maladie, mais aussi de ses conséquences : cette maladie m'a enlevé mon travail à 56 ans. Et à côté, entre les traitements et la vie des autres qui continue son chemin alors que vous restez figée dans le temps, vous perdez aussi votre vie sociale. »
C'est d'ailleurs un avis que partage Mathilde, qui a préféré rester anonyme. Cadre dans sa profession, elle a préféré ne pas divulguer son identité : « Ce n'est déjà pas facile de trouver un poste de direction quand on est une femme, encore plus quand on a été malade, c'est aussi une des réalités du cancer. »
Cet éloignement professionnel et social se couple à une image de soi parfois difficile, à travers son propre regard et parfois, aussi, celui des autres. « Perdre mes cheveux ça a été, mais les cils et les sourcils ça a été très dur, note Gisèle, exaspérée par les remarques du quotidien. "Tu n'as pas l'air d'une malade, tu n'as pas besoin de te plaindre", ça fait partie des choses qu'on entend. »
Mathilde, de son côté, exprime cette douloureuse paralysie imposée par le protocole médical : « Ce dont je souffre le plus, ce n'est pas tant la maladie, c'est qu'elle arrête la vie. On sait tous qu'on va mourir un jour et on s'agite pour vivre. Le cancer donne corps à cette connaissance de la mort sans donner de la possibilité de s'activer comme distraction. »
L'amour, le couple et la présence des proches
Au milieu du tumulte, le couple devient un pilier essentiel, même si la maladie réinvente l'intimité.
Sandrine souligne la chance d'avoir un soutien indéfectible : « J'ai un mari formidable, mais j’ai une pensée pour ceux qui traversent ça tout seul... Les gens se creusent la tête pour savoir quoi dire, mais il n'y a rien à dire de particulier, il faut juste être là. »
Gisèle aussi évoque avec les yeux pétillants la présence indispensable de son époux : « Il refuse de me laisser seule, il ne me laisse rien porter, je me fais même engueuler ! Il est très présent et on parle de tout, pourtant, je sais que c'est très dur pour lui. Mais je ne l'ai jamais vu pleurer, il le fait en cachette. C'est pour lui, pour mes enfants et mes petits-enfants que je m'accroche. »
Elle se dévoile aussi sur un point plus tabou, cette intimité qui en prend un coup : « Au niveau du couple, ça change tout, ça nous soude, mais il y a moins d'intimité. Mon mari a peur de me faire mal, et moi, j'ai la tête ailleurs et je suis toujours crevée. Mais on a toujours besoin de tendresse. »
La Ligue et le partage
Face à la solitude du retour à la maison, les associations comme la Ligue contre le cancer et les groupes de parole deviennent des refuges pour déposer ce poids.
« Ça change beaucoup de choses de rencontrer des gens qui ont vécu le cancer et on y dit des choses qu'on ne peut guère dire que là-bas », témoigne Sandrine. Et de conclure sur une philosophie de vie retrouvée malgré le deuil : « J’ai une pensée pour une collègue rencontrée à la Ligue qu'on enterre aujourd'hui. Alors avec des copines, on va aller au salon de thé et profiter. Je suis devenue plus épicurienne. »
Mathilde, de son côté, choisi de conclure en lançant à toutes les femmes : « Je voudrais vraiment vous inciter à faire cette mammographie, quelle chance extraordinaire de le pouvoir gratuitement. Il faut y aller. Pour vous, pour votre santé. On est de plus en plus nombreuses. »