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"Nos résidents méritent mieux" : le quotidien sous tension des EHPAD de Haute-Loire

Par Susie Carbone , Mise à jour le 09/10/2026 à 17:22

Manque d'effectifs, minutage des soins et suppressions de postes annoncées... En Haute-Loire, le personnel des EHPAD Sainte-Marie et les familles tirent la sonnette d'alarme. Face à ces témoignages poignants, le directeur réagit.

À l’échelle nationale, le nouveau plan d'économie de 54 milliards d'euros asphyxie les établissements de santé privés à but non-lucratif. En Haute-Loire, l'association Sainte-Marie accuse un déficit dramatique de 2,8 millions d'euros en 2025 et 4 millions prévus en 2026, plombée par les baisses de dotations et le coût de l'intérim médical.

Pour combler ce trou, un plan de retour à l'équilibre prévoit la suppression de 20 postes (11 dans le sanitaire, 9 dans le médico-social) et le gel des projets, poussant l'intersyndicale à manifester devant l'ARS contre cette coupe budgétaire, ce vendredi 9 octobre à 10h.

"Ici repose l'hôpital Sainte-Marie, abandonné par l'Etat"
"Ici repose l'hôpital Sainte-Marie, abandonné par l'Etat" Photo par SC

Des personnes âgées négligées

Mercedes et Élodie, respectivement aide-soignante à Rosières et infirmière à Cayres, sont survoltées. 

Mercedes, aide-soignante, a fait le calcul : "Sans aucune pause, à part la pause légale, à raison de 2 personnes pour 15 résidents et de 20 minutes par personne, on est à 8h15 par jour au lieu de nos 7h49. Et la réalité, c'est qu'on est parfois 1 pour 15, et qu'on ne parvient jamais aux 20 minutes par résident pour le réveil, le déshabillage, la toilette, l'habillage, le transfert. Résultat : on n'arrive pas à faire des soins de qualité."

Élodie abonde ; elle non plus ne trouve plus le sens de son travail, perdue entre son amour des résidents et le besoin de protéger sa paix intérieure. "On est contraints de faire le minimum à cause du manque de personnel ; on est en situation dégradée depuis des années."

"Les personnes âgées n'ont même pas une douche par mois."

Une situation qui a le don de révolter les enfants de résidents, conscients du travail du personnel, mais indignés de "voir des situations qu'on n'accepterait jamais chez nous". Et ce, alors que certains ont vendu leur maison de famille et leurs biens pour avoir la possibilité de payer une place en EHPAD à leur proche. 

"Nos résidents méritent mieux... souffle Mercedes, le cœur au bord des lèvres. On a le droit qu'à 4 protections par jour par personne, si le patient a déjà eu son compte, il faudrait qu'on ne le change pas lorsqu'il est souillé. C'est maltraitant, c'est pas une vie agréable."

Des employés à bout de souffle

"Cayres ou Rosières, on dépend toutes de l'hôpital Sainte-Marie."

Et c'est surtout ça, le problème. Parce que Sainte-Marie est endettée, et les EHPAD aussi. Ce qui entraînerait des suppressions de postes. "On est moins que le minimum, et on nous en demande toujours plus", intervient une autre infirmière, cette fois-ci de Rosières.

Autre réalité, les personnes âgées arrivent en EHPAD de plus en plus tard, voire en fin de vie. Étant davantage dépendantes, elles demandent plus de soins. "Parfois, on fait presque du médical."

Élodie poursuit : "Quand une personne est en fin de vie, on essaie de passer un peu plus de temps avec elle, jusqu'à 30 minutes, et c'est au détriment des résidents derrière." 

Pour Mercedes, la charge de travail administrative est aussi de plus en plus lourde. Cigarettes distribuées, téléphones branchés, chaque action doit être notée. "Ça nous prend un temps monstre", insiste-t-elle.

Élodie prend la relève et ajoute que cette situation est difficile, mais qu'en plus, le secteur n'attire pas. "Les EHPAD, c'est plus de charges de travail qu'ailleurs, et on est moins payées."

Car en effet, les salaires ne sont pas mirobolants, surtout compte tenu de la pénibilité du travail, avec les portages et transferts. Pour Élodie, notre infirmière avec 18 ans d'ancienneté en 80 %, on parle de 1850 € nets, avec la prime d'ancienneté et les 2 Ségur. Pour Mercedes, avec ses 7 ans et 80 %, ce ne sont que quelques maigres 1555 € nets. 

Tout un système qui rend le secteur peu attrayant. Et recruter n'a jamais été aussi dur. Alors personnel non remplacé ou remplacé par des gens non qualifiés sont devenus le quotidien de ces établissements. Même la direction en convient. 

Il n'est donc pas étonnant que certaines baissent les bras et se résignent :

"Les médecins sont à bout, ça retombe sur les infirmières. Des collègues pleurent le soir en rentrant chez elles."

Une direction étranglée

Face à la colère du personnel et aux témoignages auquel la rédaction de Zoomdici l'a confronté, le directeur de l'hôpital Sainte-Marie, Frédéric Delmas, ne nie pas les tensions, mais nuance le constat. "La situation des EHPAD est difficile depuis des années, avec des financements limités. On essaie de jongler entre ce manque de moyens et la qualité des soins que l'on doit à nos aînés", reconnaît-il. Il conteste en revanche fermement le nombre d'une douche par mois et la ration de protections : 

"On a eu des experts-visiteurs récemment et ils n'ont pas parlé de maltraitance. Nous ne sommes pas dans une situation à la Orpea, il ne faut pas grossir le trait de manière trop négative, même si j'entends les situations particulières qu'il faut analyser."

Pointé du doigt sur les difficultés d'effectifs, le directeur aborde, à raison, les difficultés globales de recrutement : "La pénibilité rend le recrutement très compliqué. Quand on ne trouve pas d'aide-soignantes, on est obligés de recourir à l'intérim, ce qui a un coût plus élevé."

Quant au plan de retour à l'équilibre et aux craintes de fermetures ou de suppressions de postes, Frédéric Delmas se veut rassurant : une réunion avec les syndicats doit avoir lieu lundi. "Rien n'est décidé. Le contexte est complexe, on nous demande de faire mieux avec moins chaque année, mais j'ai bon espoir qu'on puisse obtenir des crédits supplémentaires pour renforcer le personnel."

Pour finir, le mot de la fin n'est pas très joyeux, mais à la manifestation, une infirmière à pris la parole pour toutes. "J'ai travaillé les nuits et les week-ends, j'ai travaillé à Noël et aux anniversaires de mes proches. On applaudit les pompiers quand ils éteignent un feu et on nous a applaudies pendant le Covid. Mais après les applaudissements, qu'est-ce qu'il reste ?"

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