Naturellement protégé par ses falaises abruptes et renforcé par des remparts, le site présente toutes les caractéristiques d’un oppidum, ces villes fortifiées qui se développent en Gaule à la fin de l’âge du Fer. Mais l’histoire de Corent est bien plus ancienne. Le plateau a été occupé dès le Néolithique, puis à l’âge du Bronze et au premier âge du Fer. C’est autour de 130 avant J.-C. que le site prend une tout autre dimension.
Une ville gauloise au cœur du pouvoir
Au fil des campagnes de fouilles, les archéologues font progressivement apparaître les contours d’une véritable ville. Le sanctuaire, situé au cœur de l’agglomération, constitue l’un des principaux témoins de cette époque.
Les découvertes y sont particulièrement parlantes : amphores à vin, restes d’animaux sacrifiés, traces de grands festins… Elles permettent d’imaginer des rassemblements où la religion, le pouvoir et la vie collective étaient intimement liés. La viande était partagée après les sacrifices et le vin occupait une place importante dans ces cérémonies.
Un parcours en audio description est aménagé pour comprendre l'histoire du site.
Autour du sanctuaire s’organisait une ville structurée par des voies et des placettes, avec des quartiers d’habitation et des espaces artisanaux. Les bâtiments ont disparu, mais leurs empreintes sont encore visibles dans le sol pour les spécialistes : trous de poteau, radiers, épandages de basalte… Autant de traces qui ont permis aujourd’hui de reconstituer peu à peu le visage de Corent.
Les artisans y travaillaient notamment le bois, le cuir et les objets de parure, témoignant d’une cité active et organisée.
Frapper la monnaie, affirmer son pouvoir
Parmi les découvertes les plus importantes, figure la présence d’un espace lié à la fabrication des monnaies. Les archéologues ont retrouvé des chapelets de flans, des monnaies en cours de fabrication et un coin monétaire, utilisé pour imprimer le motif sur les pièces.
Un détail qui en dit long sur le statut de Corent. Frapper sa propre monnaie, c’est aussi affirmer son pouvoir. Cette activité témoigne de l’existence d’une autorité politique suffisamment importante pour contrôler la production monétaire.
Des petits indices que seuls les archéologues peuvent comprendre...
Ces découvertes renforcent ainsi l’hypothèse d’une Corent véritablement au cœur du pouvoir arverne. Elles permettent également aux chercheurs de mieux comprendre les techniques utilisées pour fabriquer les monnaies gauloises.
Un abandon qui a préservé les secrets du site
Pourtant, cette cité florissante finit par disparaître. Corent est abandonné à la fin du IIᵉ siècle avant J.-C. et connaît ensuite très peu de nouvelles occupations.
Cet abandon est aujourd’hui une chance pour les archéologues : en l’absence de réoccupation importante, les traces de la ville ont pu être relativement bien conservées.
Même au Moyen Âge, le souvenir du lieu semble avoir perduré. Corent aurait conservé une forme de mémoire particulière, peut-être suffisamment forte pour expliquer que l’habitat médiéval se soit développé davantage sur les versants de Corent et de Soulasse que sur le plateau lui-même.
Une histoire qui continue de s’écrire
À l’occasion de ce nouvel anniversaire de fouilles, l’histoire de Corent est donc loin d’être terminée. Chaque campagne apporte de nouvelles pièces au puzzle.
Une nouvelle campagne de recherches est actuellement menée sur le site et doit se poursuivre jusqu’au 10 septembre. Les archéologues cherchent à mieux comprendre l’organisation de la ville, ses activités artisanales et le fonctionnement du pouvoir qui s’y exerçait avec les ateliers de frappe monétaire notamment.
Matthieu Poux dirige la fouille en cours jusqu'au 10 septembre
Car à Corent, les vestiges racontent bien plus qu’une histoire ancienne. Ils permettent de faire ressurgir une ville disparue, ses habitants, ses artisans, ses cérémonies et son pouvoir.
Deux millénaires après son abandon, la capitale des Arvernes continue ainsi de sortir de terre.