Le mot lui-même résume la philosophie. « Bush » renvoie aux terres sauvages, tandis que « craft » évoque le savoir-faire, l’artisanat. Le bushcraft serait donc littéralement l’art de vivre dans la nature en mobilisant ses connaissances et ses compétences.
Contrairement à la survie, qui répond à une situation de danger ou d’urgence, le bushcraft s’inscrit davantage dans une démarche volontaire. Il s’agit d’apprendre à faire du feu, trouver et traiter de l’eau, construire un abri, réaliser des nœuds ou encore reconnaître les plantes et les arbres qui nous entourent.
Une manière de faire un pas de côté
Pour Natasha et Pierre, l’expérience est aussi l’occasion de partager un moment à deux. Leur stage de huit heures tombe à pic. Le couple célèbre cette année ses 28 ans de mariage.
« Pour notre anniversaire de mariage, la survie est un beau symbole », sourit Pierre.
Professeure de physique en classe préparatoire à Clermont-Ferrand pour l’une, informaticien chez Michelin pour l’autre, les deux stagiaires sont loin du profil du baroudeur professionnel.
Leur équipement ? De l’eau, de bonnes chaussures, des vêtements couvrants et quelques indispensables pour affronter la météo auvergnate. « Moi j’ai toujours plein de trucs dans mon sac », reconnaît Natasha.
Apprendre à fabriquer des sardines peut s'avérer utile
À leurs côtés, Antoine Barbat, 24 ans, anime le stage. Formé dans un lycée forestier à Marmilhat, il pratique cette activité depuis son enfance. Pour lui, le bushcraft est aujourd’hui devenu son activité principale.
L’entreprise créée par son père, pompier professionnel, et un collègue de celui-ci existe depuis trois ans. Tous les trois proposent des stages grand public mais aussi pour des entreprises dans le cadre de journées de team building.
L’objectif est simple : transmettre des connaissances concrètes
Le rendez-vous est donc donné à 10 heures, dans un lieu tenu secret pour respecter le site en question. La première étape : monter le campement. "Les noeuds, c'est la base en bushcraft" explique Antoine qui met de suite à contribution les deux stagiaires.
La paracorde est utilisée notamment dans le domaine des parachutes
Noeud prussien, noeud de campeur, le couple de quinquagénaire suit avec attention les instructions et reproduisent immédiatement ce qu'ils ont appris. En une heure environ, ils auront réussi tous les deux à monter leur couchage en hauteur pour dormir en sécurité et protégé.
Apprendre à monter un couchage en hauteur et à l'abri
Pour ce qui est du feu, hors période de restriction lié à la sécheresse, Antoine explique la méthode. Le traditionnel briquet peut laisser place au firesteel, une pierre à briquet utilisant notamment du magnésium. Puis vient la gestion de l’eau, les gestes de premier secours... Sur un stage de 24 heures, les participants peuvent même passer la nuit dans un hamac ou construire eux-mêmes leur abri naturel, selon leurs envies.
La forêt comme garde-manger
En guise d'introduction, une marché d'approche est proposée lors de laquelle Antoine attire l’attention sur les arbres et les plantes qui entourent le groupe. Le bouleau, par exemple, peut fournir une écorce particulièrement utile pour démarrer un feu. Au début du printemps, sa sève peut également être récoltée.
Le prunellier, reconnaissable notamment à ses épines, produit des fruits très astringents. Les prunelles sont traditionnellement consommées après les premières gelées mais on peut aussi les congeler. Plantain, fougère, pissenlit : beaucoup de plantes sont comestibles en forêt.
En guise d'introduction, une marche d'approche avec Antoine et son chien Nike
Des savoirs essentiels
Pas besoin d’être un aventurier aguerri pour se lancer. Les stages accueillent aussi bien des hommes que des femmes, des familles que des salariés venus dans le cadre professionnel. Antoine constate encore cependant une prédominance masculine sur ce type d'activités.
« Je n’ai jamais eu une mère et une fille », remarque Antoine. « Un père et un fils, c’est presque à tous les stages. J'ai aussi beaucoup d'enterrement de vie de garçon."
Au fond, le bushcraft n’est peut-être pas tant une recherche de survie qu’un apprentissage de l’autonomie. Savoir faire un feu, reconnaître un arbre, trouver de l’eau, construire un abri ou simplement comprendre ce qui pousse autour de soi.
"C'est des trucs qu'on devrait tous connaître. Dire que j'ai attendu cinquante ans pour les apprendre" Natasha.
Des gestes qui paraissent anciens, mais qui trouvent un écho étonnamment moderne. Et si le véritable luxe, aujourd’hui, était justement de savoir se débrouiller sans tout avoir sous la main ?