Les faits remontent à la nuit du 22 et 23 novembre 2021, à Clermont-Ferrand. Âgé de 26 ans, l'agresseur purge actuellement sa peine de 5 ans, à la prison de Riom, pour "violences volontaires", des faits considérés comme un délit.
Un passé baigné dans la violence
Avant de décrire l'étranglement procédé par l'auteur sur une fille de 17 ans, victime endormie au moment des faits, le tribunal revient sur le passé de l'individu. L'auditoire y apprend que l'homme en question est un bouc émissaire durant sa scolarité, de l'école primaire au collège.
Malgré sa place de souffre-douleur, aucune alerte n’émane des différents établissements scolaires. Ses parents même ne sont pas conscients de son quotidien. Et puis le couple se sépare. L'auteur jugé en assise reste alors vivre chez son père. L’ex-conjointe se dit "inquiète de l’état dépressif du père durant cette période". En dépit du contexte, les années passent. Si le lycée succède au collège sur fond d'alcool et de stupéfiants, l'élève réussit son bac et choisit une école d'informatique.
Il s’inscrit ensuite à la faculté de Clermont-Ferrand dans le double cursus de philosophie et sociologie. Pendant ses années étudiantes, ses amis le dépeint comme quelqu'un de bienveillant, de cultivé et d’altruiste qui a le vin "joyeux". En septembre 2021, il s'installe chez sa petite amie.
Et détail important que le tribunal rappelle est que l’appartement de sa future victime se situe juste au-dessous.
Et puis tout bascule
Le 22 novembre 2021, le mis en cause rentre d’une soirée étudiante. Il devaient retrouver sa petite amie sur le parcours mais, n’ayant plus de batterie de téléphone, ils sont tous deux dans l'impossibilité de se joindre. Seul, l'angoisse le gagne, un sentiment de rage le submergeant lentement. "J'avais envie de me battre, admet-il à la barre. Mais il n’y avait personne dans la rue".
Il se dirige alors chez lui et ouvre la porte non verrouillée de l'appartement voisin. Il visite une première chambre où se trouve un enfant, "une victime impossible pour moi", souffle-t-il.
Il entre dans une seconde chambre, éclairée par une guirlande, dans laquelle un lit est disposé en hauteur. Il grimpe discrètement et se place à califourchon sur la jeune fille endormie. Et commence à l'étrangler.
"C'est fini, tu vas mourir"
Surprise par l'étreinte, la victime se réveille et fait face à un homme "aux yeux exorbités, une mâchoire crispée et une forte respiration comme un animal".
Elle n’arrive pas à se libérer, elle étouffe et se sent piégée. "C’est fini, tu vas mourir", entend-elle de la bouche de son agresseur. Investie par la panique, elle lui donne des coups et réussit à le désarçonner.
La mère de la victime, alertée par les cris de son fils, se précipite dans le couloir et trouve sa fille tremblante, choquée, blessée à la gorge et à l'une de ses mains. La jeune fille âgée de 17 ans au moment des faits est alors évacuée par les pompiers au CHU de Clermont- Ferrand.
"J’ai serré très fort pour qu'elle ne crie pas"
L'homme décrit, sans émotion, la scène. "J’ai serré très fort pour qu'elle ne crie pas, partage-t-il. Je voyais qu’elle souffrait, mais à ce moment-là, ce n’était pas important".
Il continue : "Je ne sentais pas les coups, sauf un qui me fait prendre conscience que si je continue, les conséquences seraient très graves". Après son agression, il dit gagner la sortie tant bien que mal, "en mode automatique". Il rentre chez lui et se couche, "terrifié par ce que je viens de faire", confie-t-il.
Entre les murs du tribunal ponot, le parquet s’indigne de la condamnation et demande que soit requalifier le chef d’accusation de violences volontaires en tentative de meurtre. "Un acte commis en toute conscience avec intention de donner la mort". Il requiert une peine de 7 ans de prison ferme ainsi que 7 ans de suivi socio-judiciaire.
Après les délibérés, la cour entérinera la décision prise en première instance par le tribunal de Riom, à savoir cinq ans de prison.
Cinq ans pour l'auteur, la perpétuité pour la victime
La fille agressée, 21 ans aujourd’hui, revient sur ce traumatisme qui restera à jamais gravé dans son esprit. Elle explique avoir arrêté ses études d'art à la faculté clermontoise, ses pensées percutées sans repos par ce qu'il s'est passé, il y a quatre ans de cela. Actuellement, elle est hôtesse de caisse et s'est engagée à se battre pour "recommencer à vivre normalement".
Parce que l’appartement est devenu un espace insécure, la famille se contraint à déménager. Mais "les troubles sont toujours là, se désole la victime. Et à présent, j'ai peur d’être seule, peur de dormir, peur qu’on me touche".
De notre correspondante de presse : Sylvie Peyrot