Allemand Bages : la naissance d'un partenariat local
Essences de bois rares, os, nacre, laiton, étain, des matériaux que l'on voit peu dans notre quotidien. Et pourtant, cet atelier les manie avec excellence depuis maintenant plus de vingt-cinq ans à Issoire. L'atelier familial Philippe Allemand, fondé en 1985 par l'ébéniste du même nom, s'est installé à Issoire en 1990. Au départ situé à Montpeyroux, ce restaurateur est spécialisé dans le mobilier du XVIIIe siècle.
En 1997, le Venice Simplon Orient Express vient en Auvergne pour confier la restauration de ses voitures aux ateliers ferroviaires ACC de Clermont-Ferrand, sur la partie ferronnerie et chaudronnerie. Parallèlement, la société en charge de rénover ces wagons-lits, fait appel à la Chambre des métiers pour lancer un groupement de commandes auprès d'ébénistes en charge de l'aménagement intérieur.
Un chantier colossal pour rendre ses lettres de noblesse à l'Orient Express
Photo par Atelier Allemand
Leur mission : refaire l'intégralité des boiseries de l'Orient Express en partant d'une carcasse vide. Les ébénistes doivent donc repartir de zéro en répondant aux exigences techniques et esthétiques des designers. Wes Anderson, réalisateur américain, aura par exemple participé au design d'une des cabines dénommée Cygnus.
Wes Anderson pose auprès de Grégoire Allemand
L'atelier Allemand fait partie du groupement et répond à de plus en plus de commandes. Sollicité uniquement sur la restauration de boiseries, les demandes s'étendent progressivement à de l'accastillage ou à des miroirs. C'est ainsi qu'ils sollicitent leur voisin : l'entreprise Bages. "Nous leur avions déjà confié la confection de pièces pour notre ligne de mobilier Le Héron" explique Marjolaine Allemand.
"Nous leur avions déjà confié la confection de pièces pour notre ligne de mobilier Le Héron" explique Marjolaine Allemand au sujet de son partenariat avec Bages.
Ce meuble en citronnier marque le début de la collaboration Allemand Bages
Les nouvelles technologies et la créativité réunies
Rachetée en 2012 par Johnny Besse et Sébastien Vincent, l'entreprise Bages spécialisée dans l'usinage est installée à quelques pas de l'atelier Allemand. L'usineur, qui compte entre 12 et 14 salariés, est spécialisé dans le tournage, fraisage, ajustage, polissage et revêtement de pièces.
Poignées, porte-bagages, interrupteurs, boutons, charnières ; ces éléments peu visibles ont un rôle essentiel et participent au standing de la marque. "Certaines pièces nous arrivent dans un état très dégradé. Elles doivent pourtant être refaites à l'identique. Mais aucun plan n'existe" lance Arnaud Demussy, responsable d'atelier chez Bages. C'est à ce moment que la technologie rentre en jeu avec le scan 3D rendant l'usinage possible.
Table fixable, cale porte : Bages et Allemand imaginent des solutions au voyage en train
Photo par VSOE
"Certaines pièces nous arrivent dans un état très dégradé. Elles doivent pourtant être refaites à l'identique. Mais aucun plan n'existe" lance Arnaud Demussy responsable d'atelier chez Bages.
Pour l'Orient Express, la précision à respecter n'est pas la même que pour des industriels. C'est l'esthétique qui compte avant tout. "Ici, c'est la finition qui fait la différence. Nous appliquons par exemple de l'or avec un principe électrochimique sur les poignées de porte, les enjoliveurs d'interrupteur, les boutons..."
L'atelier Allemand, une affaire familiale reprise par les enfants
Marjolaine Allemand et son frère Grégoire ont repris la société fondée par leur père il y a treize ans.
- Marjolaine Allemand, 37 ans, a rejoint l'affaire familiale en 2022 après avoir travaillé pendant douze ans dans le secteur bancaire. Elle intervient sur la partie administrative de l'affaire.
- Grégoire Allemand, 35 ans, est issu d'une formation en bois et matériaux associés. C'est son père qui le forme chaque soir après le travail sur la partie marqueterie. Le fils commence ainsi au bas de l'échelle.
L'équipe de l'atelier Allemand devant le train mythique
Photo par Atelier Allemand
Un artisan d'art qui attire des talents de la France entière
L'affaire compte aujourd'hui une quinzaine de salariés et apprentis. "Nos employés viennent de la France entière. Beaucoup sont arrivés en Auvergne pour travailler chez nous. C'est un métier très spécifique que l'on fait par passion." Les diplômes sont variés pour travailler chez nous : cela va du CAP au BTM, BTMS. "Certains sont même autodidactes. Ce qui compte avant tout c'est le savoir être ; d'avoir envie de travailler." Pour la partie design, cela reste une affaire de famille. Marjolaine peut en outre compter sur l'appui de son second frère, architecte d'intérieur, qui ajoute sa patte créative.
"Nos employés viennent de la France entière. Beaucoup sont arrivés en Auvergne pour travailler chez nous" commente Marjolaine Allemand
De l'hôtel particulier aux bancs du Sénat
C'est ainsi que l'atelier Allemand travaille aujourd'hui au niveau national et international. Outre l'Orient Express, ils interviennent sur le mobilier national du Sénat, l'aménagement pour des particuliers, hôtels internationaux comme à Bangkok. Ces ébénistes ont également développé leur propre marque de mobilier Le Héron auquel l'entreprise Bages a participé dès le départ.
À la question du temps passé sur la rénovation d'une voiture, Marjolaine Allemand répond : "C'est impossible à déterminer." Les techniques employées dans l'atelier de marqueterie restent traditionnelles. "Ici pas de découpe laser, tout est fait dans les règles de l'art de l'époque" indique fièrement Marjolaine. Prendre son temps n'est-il pas la devise de ce train hors du commun ?
"Ici pas de découpe laser, tout est fait dans les règles de l'art de l'époque " insiste Marjolaine Allemand pour clore la visite de l'atelier marqueterie.