Ils ont 17 ans et leur appli pourrait aider les pompiers face aux incendies
Un camion bien particulier a fait escale au Jardin Henri Vinay du 2 au 6 juin. Sous les platanes, les notes d’une harpe se mêlait à une voix de soprano… Pour la première fois, la cité ponote accueillait un opéra itinérant.
Un camion opéra n’est pas monnaie courante au Puy-en-Velay. Sous les fenêtres du Musée Crozatier, une immense structure était déployée, comme une roulotte géante comprenant la scène et les gradins, à laquelle on avait ajouté un espace d’accueil, type guinguette. Cette oasis, perdue dans un océan de vert et de pluie, était prête à accueillir son public.
Une fois à l’intérieur, difficile d’arrêter son regard. Tout est fait pour que le spectateur se sente à l’aise, à travers de nombreux détails, dont les luminaires. Puis il faut empiéter sur la scène pour rejoindre une des 90 places du camion opéra. L’ambiance est intimiste, et le public est accueilli au son de l’accordéon, du violoncelle et de la harpe. Les lumières s’éteignent, et c’est parti pour plus d’une heure de spectacle de cet opéra en un seul acte.
L’opéra est du théâtre chanté, le tout en musique. Né à Florence au XVIIème siècle, opéra signifie « œuvres » en italien. L’opéra est un art dit « total », parce qu’il rassemble tous les arts : musique, chant, théâtre, arts plastiques, et parfois danse. Outre l’opéra classique, type « La flûte enchantée », ou « Carmen », il y a aussi l’opéra contemporain, comme « Le Sang du Glacier ».
« Pourquoi le sang du glacier au fait ? » s’interrogeait une jeune fille en attendant de pénétrer dans le camion opéra. Conte fantastique, mais finalement pas tant que cela. Le « sang » est en fait une algue rouge libérée par … la fonte des glaciers. A travers ce dérèglement climatique, nous suivons l’histoire d’une fratrie dépassée par les évènements. L’œuvre construit un pont entre passé et futur, entre les hommes et la planète. Et difficile de ne pas faire le parallèle avec l'actualité climatique.
Devant une salle (ou plutôt camion !) comble, les comédiens-interprètes ont fait vibrer les spectateurs, pour la plupart néophytes. La puissance de la voix de celle qui interprète Sofia est à couper le souffle. Elle fait résonner la poitrine de chacun tant sa voix est vibrante. Dans ce monde scientifique carré (le décor rappelle une salle d’expérience de cours de SVT), la soprano nous fait partager sa colère et son désarroi, en décalage avec cette rigueur. La musique est omniprésente, lancinante et traduit bien l’état d’esprit de la jeune femme, qui se débat entre les démons du passé qui ressurgissent et l’urgence d’agir face à un fleuve devenu rouge sang. Face à elle, le personnage de Mattéo, son frère, lui répond de sa voix de baryton (plutôt grave), et vient apaiser ce tourbillon familial et environnemental. En jouant avec les mots, la pièce aurait aussi pu s’appeler « Le dérèglement climatique : l’eau paiera ».
Les trois séances grand public de l’opéra ont affiché complet très rapidement après l’ouverture de la billetterie en mars. Ce sont en tout 450 personnes qui ont pu assister au spectacle, dont 180 collégiens (2 séances réservées sur 5). Le spectacle, réalisé en partenariat avec la Région, le Département, la Communauté d’Agglomération et la ville du Puy-en-Velay, a en effet été présenté aux élèves des collèges Jules Vallès, Lafayette et Saint-Jacques-de-Compostelle (le Puy), du Chambon-sur-Lignon et de Saint-Dominique du Monastier-sur-Gazeille.
Quand on dit opéra, on imagine tout de suite un spectacle élitiste, réservé aux « sachants » des grandes villes. Le but de cette tournée régionale est de casser cette idée reçue. « Si tu ne viens pas à l’Opéra, l’Opéra ira à toi ! ». Cette adaptation de la célèbre réplique du roman de Paul Féval « Le Bossu » (initialement avec Lagardère) décrit parfaitement l’intention derrière la mise en place de ce camion opéra. En seulement un acte (1h10) et avec un prix accessible, le but est de démocratiser l’opéra.
Le Sang du Glacier a été spécialement adapté pour être joué dans ce camion opéra, pour s’ajuster à l’espace. Difficile en effet de faire entrer un orchestre… La scène est littéralement aux pieds du public, ce qui explique que les interprètes ne soient que deux. Quant aux instruments, là aussi le minimalisme était de mise pour ne pas assourdir les spectateurs, avec trois musiciens. Installés derrière un rideau translucide, ils répondaient régulièrement aux acteurs de façon décalée mais ô combien réaliste. Cette tournée nécessite une logistique de taille : il ne faut pas moins d’un jour et demi pour monter l’opéra, et un jour entier pour le démonter.
A la sortie de la séance, les réactions sont contrastées. Certains aiment, d’autres adorent. A contrario, certains détestent ou ne savent pas s’ils ont aimé ou pas. Il est plutôt rare qu’un même spectacle suscite des réactions aussi fortes et diamétralement opposées. Mais finalement, n’est-ce pas là le propre de l’art ? Toucher les gens ? Aller chercher des sentiments, quels qu’ils soient ? Passer par le truchement de la scène pour susciter des émotions, ou même des prises de conscience, qui, elles, sont toujours réelles ? L’opéra n’échappe pas à la règle et conduit chacun à faire ce pas de côté. En résumé, que l’on aime ou que l’on déteste, une chose est sûre… on ne reste pas indifférent à l’opéra 2.0.
Produit par l’Opéra de Lyon, en co-production avec le Théâtre le Point du Jour, le Sang du Glacier a d’ores et déjà effectué une tournée régionale en 2025. Forte de son succès, elle est proposée depuis le début d’année 2026 dans de nouveaux départements, dont la Haute-Loire, pour 52 représentations. Après le Puy, le camion opéra ira s’installer dans le Rhône, puis achèvera sa tournée à Clermont-Ferrand.
Est-ce que le dispositif sera reconduit en 2027 ? « C’est fort probable, une adaptation d’un nouvel opéra est en cours et des dates commencent à être positionnées » confie une employée de l’opéra.