Travaux au Cours Sablon à Clermont-Ferrand
Placé sous administration provisoire depuis le 1er juillet, le centre d'accueil des personnes handicapées mentales à Nonette-Orsonnette, tente de se défendre en lançant une pétition. L'ARS évoque pourtant des dysfonctionnements majeurs dans son communiqué. Quelles sont les raisons exactes de ces mesures ? Nous avons cherché à en savoir plus...
L'Agence régionale de santé pointe en effet de nombreux dysfonctionnements majeurs relevés lors d'inspections faites en février 2025 puis en mars 2025. La sécurisation de la prise en charge de l’ensemble des bénéficiaires, la sécurité des locaux seraient ainsi de nature à faire porter des risques aux usagers et aux résidents de ces deux structures.
Malgré les injonctions de l'ARS, des réponses encore insatisfaisantes de mise en conformité ont été apportées par l’établissement.
L'établissement, créé en 1964, est géré depuis 1988 par l'Association de Gestion du Centre Thérapeutique et de Recherche de Nonette (AGCTRN). Le directeur du centre, Clément Marmoz, encadre une équipe spécialisée de 70 personnes. Au total, ce sont 52 patient(e)s qui sont accueillies dans ce centre, dont trente dans le foyer occupationnel ,dix dans le foyer d'accueil médicalisé et douze dans l'institut médico-éducatif .
"On reçoit des personnes ayant des pathologies très complexes. On n'a jamais refusé quelqu'un." affirme Clément Marmoe
"Ca a été un énorme plan d'actions qui a été élaboré pendant 18 mois. Et à notre grande surprise, on a reçu un arrêté qui n'a pas tenu compte de toute la mise aux normes qu'on a faite."
Les protocoles médicaux, procédures de la bientraitance, le socle réglementaire ont été remis à jour selon le directeur du centre. Beaucoup de choses fausses voire diffamantes persisteraient dans ce rapport selon M. Marmoz." Ils ont insisté sur notre orientation thérapeutique réaffirmée d'inspiration psychanalytique."
L'ARS s'appuierait en outre sur des recommandations professionnelles pour soigner l'autisme émises par la Haute Autorité de Santé dans lesquelles la psychanalyse est non recommandée. Ces mêmes recommandations seraient pourtant, selon le directeur Clément Marmoz, non opposables légalement. De là, une pétition a été lancée recueillant aujourd'hui plus de 7500 signatures et de nombreux médias ont relayé depuis cette polémique.
Selon les syndicats, "une fois les griefs techniques écartés, il ne reste qu'une chose : notre orientation thérapeutique, d'inspiration psychanalytique jugée non conforme à des recommandations de février 2026 portant sur l'autisme." Selon ces mêmes représentants du personnel, c'est l'approche qui est visée et non les points techniques.
Pourtant, l'Agence Régionale de Santé que nous avons interrogé estime que sa décision "repose avant tout sur les constats de défauts dans la qualité de prise en charge et la sécurité des résidents ainsi que sur la réponse insuffisante apportée par l’association en réponse aux demandes d’actions correctives."
La remise en question de l'approche psychanalytique aurait été retirée et le rapport aseptisé selon M. Marmoz, face au soutien affiché de nombreux médias et personnalités du monde politique. Zoomdici a eu accès au rapport qui ne fait mention nulle part du terme de psychanalyse mais plutôt de manquement en terme de sécurité qui n'auraient pas été rectifiés dans la réponse apportée par l'établissement.
La psychanalyse est la science de l’inconscient. Les objectifs de la psychanalyse lacanienne sont identiques à ceux de la psychanalyse freudienne : il s’agit de réduire la souffrance, de dénouer les conflits psychiques, par la parole et l’analyse des lapsus et des rêves. C’est, en effet, dans nos mots et nos songes que l’inconscient s’exprime. Lacaniens et freudiens s’accordent aussi sur une idée essentielle : ce sont les fantasmes sexuels infantiles et les événements oubliés de l’enfance qui forment le contenu de l’inconscient et sont à l’origine de nos névroses d’adultes. Or, pour les exhumer, une seule solution, parler. Car les mots ressuscitent les images et attirent vers la conscience les scènes du passé qui ont déterminé nos destins.
" Ils veulent créer des cas de jurisprudence pour que l'approche psychanalytique soit opposable. Pourtant dès la fondation de l'association, on a inscrit cette approche dans nos statuts. Nous on ne défend pas la psychanalyse, on défend ces jeunes en rupture de parcours, dont aucun centre ne voulait plus. Et c'est justement grâce à cette approche qu'on a pu les prendre en charge."
En février 2026, la Haute Autorité de Santé publie ainsi des recommandations en ce sens indiquant que les pratiques autour de la psychanalyse ne sont pas recommandées pour soigner l'autisme, privilégiant l'approche comportementaliste et collectiviste et neuro développementale. Le centre de Nonette se défend en indiquant qu'ils ne sont pas uniquement centre d'accueil pour des personnes autistes mais soignent de nombreux cas très complexes.
"On a toujours défendu le fait qu'on ne soigne pas que des personnes autistes." précise le directeur M. Marmoz
L'administrateur en la personne de M. Willemetz, a pris ses fonctions depuis mercredi matin, accompagné d'un huissier, et d'une délégation de l'ARS. Cet administrateur détient tous les pouvoirs pour une durée de six mois renouvelables une fois. Il devra rendre un premier rapport avant le 15 septembre 2026 puis un rapport complet avant le 1er novembre.
"Je suis un directeur sans pouvoir." Clément Marmoz, directeur du centre.
Après la pétition lancée par les syndicats, le directeur ne compte pas en rester là. Le centre compte ainsi appuyer sa défense auprès du tribunal administratif sur des vices de procédure. La nomination de l'administrateur aurait ainsi été réalisée avant la fin du débat contradictoire selon le directeur du centre.
" On va continuer à se battre" conclue le directeur qui affirme pouvoir compter sur des soutiens politiques tels que Delphine Lingemann, la sénatrice Marion Canalès ou encore le groupe d'opposition du Département.
Comment se manifeste le soutien politique annoncé par l'établissement de Nonette ? Nous avons interrogé Madame la députée, Mme Lingemann, pour connaître sa réaction suite à la mise sous administration par l'ARS. "Mon objectif premier est d'assurer la pérennité de cet établissement en tenant compte des adaptations nécessaires." Delphine Lingemann, députée du Puy de Dôme.
Cette situation locale s'inscrit dans un débat national plus large sur la place de la psychanalyse dans le soin. Car Nonette n'est pas le seul exemple en France. D'autres établissements pratiqueraient encore une approche psychanalytique et seraient ainsi dans le collimateur des autorités de santé. La fondation Vallée dans le Val de Marne était récemment notamment sous les feux des projecteurs, suite à des conclusions d'enquêtes de l'ARS relevant de graves dysfonctionnements.